2012-Un film de Roland Emmerich

Enième plus grosse livraison en date entre Dark Knight, et avant Avatar de James Cameron, en terme de budget, 2012 est un film surprenant à bien des niveaux. En premier lieu, le discours intrasèque du film est quasi historique par rapport à ce que nous réservaient jusqu’alors les États-Unis par le biais des blockbusters Hollywoodiens: Mais où sont les USA? Où est le sauveur éternel du monde?

Voici quelques explications: les méchantes particules solaires qui vont venir nous attaquer sont détectées quelques années avant 2012 (le début du film est identique à celui de Deep Impact au niveau du cheminement narratif).
De mystérieux hommes en noir parcourent donc le monde à la recherche de généreux donateurs pour d’étranges contrats, mais en euros s’il vous plait, et pas en dollars!! Grande surprise, et premier détail d’une longue série, qui au final, donne une tonalité particulière à ce film.

Retraçons à présent le parcours narratif du film: Une fois les catastrophes démarées, le premier pays à disparaitre, chose surprenante, ce sont les USA. Hop! le big one, tremblement de terre qui menaçait LA depuis des décennies fait son apparition dans le film, il est plutôt déchaîné et pourrait mettre être accusé de dopage. C’en n’est plus de la cité des anges assez vite dans le film… Après l’hyper-tremblement de terre, place à l’hyper-erruption volcanique du Yellowstone, le tout a été bien évidemment découvert par un fou adepte du conspirationnisme (interprêté par le trop rare Woody Harrelson), histoire de brosser tous, je dis bien tous les spectateurs dans le sens du poil (c’est une des caractéristiques du film), quitte à établir une dychotomie déstabilisante au sein du film…
S’ensuit donc la protocolaire fuite nécessaire à la survie que l’on retrouve dans tout film catastrophe. Et là surprise, quel choix reste-t-il à la troupe pour survivre? Monter dans un Antonov qui brille de milles feux sur un aéroport dévasté, pour participer au plan de sauvetage, en Chine!! Grand chamboulement dans la doctrine des films hollywoodiens. La flatterie est présente et obséquieuse à souhait. A propos de cet avion russe: « It’s big-it’s russian… » ou à propos de la Chine: « Nous n’aurions rien pû faire sans l’efficacité chinoise. » Ton peu anodin pour ce film, en ce qui concerne le regard des états-unis sur le monde. Le message est clair, à l’heure ou le dollars et la livre-sterling sont sous respirateurs artificiels, c’est: »les gars, on a besoin de vous. » Qui aurait pû voir ce film sous W.Bush, Nixon ou Reagan? A moins que cela ne soit juste une grosse opération de manoeuvres médiatique (Maya, 2012 a été une des plus grosses requêtes de Google ces dernières semaines), à l’heure où on ne ferme toujours pas Guantanamo, sans doute pour quelques contingences administratives et où l’on envoit 30000 boys en plus en Afghanistan, cela laisse songeur…

Changement de cap annoncé dans le discours global du blockbuster hollywoodien? Ou opération de com pour amorcer un changement au niveau géo-politique, le temps nous le dira… Les métaphores sont en tout cas présentes, j’en veux pour preuve l’étonnante scène où l’USS John Kennedy vient s’écraser sur la maison blanche, et sur un président, lui aussi, noir… Monde étrange que celui que veut nous montrer 2012, un monde où, par exemple, de gentils militaires chinois viennent gentillement déplacer paysans et moines tibétains de leur village à cause d’un « projet secret » et les enmener en
Camion. Hyper vision psychotique d’un monde idéalisé au possible, c’est ce qu’est en substance 2012.

Le film est donc riche en symboles et permet d’apposer plusieurs grilles de lectures. On peut y lire, ou pas, certaines métaphores.
Cette multiplicité est d’ailleurs l’une de ses seules qualités et aussi l’un de ses défauts.
En effet, à force de vouloir dire tout, et son contraire, de vouloir être le plus gros et le plus sympa avec tout le monde (en surfant beaucoup sur les peurs des masses tout de même), 2012 entre dans une schyzophrénie assez singulière, qui le rend au fond amusant ou attendrissant.
En voici un exemple assez frappant, le mec de l’ex du héros (John Cusack), qui est un dentiste avec une super situation, roule en Porsche. La malheureuse voiture allemande disparaît dans un trou après que John Cusack l’ait malencontreusement poussée pendant un tremblement de terre. Réaction furieuse et outré du dentiste qui lui a piqué son ex, alors que le monde a déjà commencé à disparaitre. Dénonciation propre et scolaire de la société de consomnation, de la possession, du luxe, de ce que vous voulez. Plus tard dans le film pourtant, c’est une voiture du même type qui sauve la troupe, une Bentley à commande vocale, sensiblement plus chère que la Porsche du dentiste.
Le luxe n’est rien, mais le luxe te sauve, voilà ce que l’on serait tenté de lire.
Dychotomie vraiment étrange qui rend le film encore plus monstrueux qu’il ne l’était déjà, de par son sujet et son budget et sa direction générale, qui tend de tout son possible vers l’hyperbole la plus absolue.

Sur un plan plus immédiatement cinématographique, le film est assez décevant, la situation du personnage principal est la même que celle de Nicholas Cage dans le dangereusement prosélyte Predictions, du pourtant doué Alex Proyas. L’écrivain divorcé et sympa qui fait tout pour reconquérir son ex et ses gosses. Les personnages sont inexistants, parce qu’au final très peu écrits, alors que le casting est plutôt satisfaisant. La dramaturgie n’a jamais été le fort de Rolland Emmerich, et les situations de drames ou de danger qu’il met en scène ne sont jamais très crédibles et efficaces, parce que c’est parfois mal joué, donc mal dirigé….
Il faut toutefois noter que dégager une dramaturgie à dimension malgré tout humaine d’un scénario dont les pages ne décrivent que des évènements réalisés par ordinateur relève de l’exploit. Reste quelques beaux cadres, perdus dans un découpage assez confus, où le contraste entre le grain de la pellicule et l’absence totale d’aspérité graphique des images cgi finit par agacer.

Le film donne au final une sensation d’intense confusion hystérique, et le sentiment qu’en étant un peu plus purement cinématographique, moins symbolique, et moins enclin à verser dans un hyper spectacle hyper apocalyptique, il aurait été bien mieux. Le film a fait un super démarrage aux US, donc on s’en fout après tout.
J’en veux pour preuve l’une des rares scènes réussies du film, car sobre et organisée, contrairement au reste du film. Je veux parler de la séquence où un vieux moine tibétain observe, impassible, l’océan qui engloutit les montagnes qui le surplombent. La séquence est courte, épurée, le moine fait sonner un gong, et puis c’est tout. La sobriété de cette scène la différencie vraiment du reste du film, la tension spirituelle dégagée par le personnage est là, pas besoin d’en rajouter. Cette séquence est tellement efficace qu’on la trouvait déjà dans la bande annonce du film.
Elle s’oppose à l’autre scène de « destruction spirituelle »: celle où le Vatican disparaît à son tour, à grand renfort d’effets dynamique modélisé sous Maya ou Discret. La symbolique déployée par la fissure évoluant sur la fresque de la création d’Adam, dans la chapelle Sixtine, est aussi légère, subtile et délicate que la conduite d’un T-80 dans les ruelles d’un petit village. La scène est émotionnellement dure pour les amateurs de peintures classiques, pour les catholiques aussi sans doute… On la retrouve déjà sur YouTube en bonne qualité, alors que le film est encore en salles, étrange.. Le découpage est précis, le tempo est minutieux: à la seconde où il apparaît, le pape disparaît dans le cataclysme. Hollywood aurait-il un compte à régler avec Benoit 16 ou les hautes instances catholiques? Je me demande en tout cas benoitement ce que le film, et les Etats-unis d’Amérique, auraient donné si la même séquence s’érait déroulée aux pieds de la Kaaba à la Mecque, ou bien au mur des lamentations dans Jérusalem…

Le film, du reste, est soupoudré d’un patchwork mystico-biblique où les bateaux qui s’appellent la Genèse coulent, où l’on construit des Arches réservées aux riches, cela étant justifié par un court dialogue puant le darwinisme social à plein nez, et suintant de biens vilaines humeurs idéologiques, les chose ne sont pas prêt de s’arranger pour la middle-class, si toutefois elle devait continuer d’exister…

On ressort de là épuisé, le cerveau lessivé par les surenchères de cet hyper-spectacle, sorte de Home de Yann Arthus-Bertrand mais en version bibliquo-psychotique. Même si au niveau de la représentation de la mort et de la souffrance, le film reste d’un cheap épouvantable, le studio ayant apparemment tout fait pour éviter une interdiction aux mineurs. Une fin du monde très mainstream en tout cas. Ce projet était très ambitieux, et aurait pû donner un meilleur résultat avec un metteur en scène plus efficace, plus humain et versant moins dans la mysthique de supermarché… On finit avec l’impression de ne rien avoir apprit de plus par rapport à ce que pourrait être une hypothétique fin du monde.
On a reproché également au film de surfer sur les croyances et les interrogations laissées par les civilisations mayas et sud-américaines, grandes spécialistes des sciences du ciel. Il convient alors de faire la précision suivante, ces civilisations étaient surtout à même de bien connaitre la précession, c’est à dire la perception des mouvements et des rotations des nombreux éléments qui naviguent dans l’espace, les planètes, les étoiles et autres nébuleuses, ou bien encore des Aliens.

Au final… Et si 2012 n’était qu’une sensibilisation sournoise des masses aux problèmes potentiels liés aux diverses activités solaires? Voici ce qui traine sur Youtube-http://www.youtube.com/watch?v=RDuWBUs4FBw&feature=related- et qui déclenche une vagues de réactions diverses, comme sur les sites où l’astrologie maya est abordée (http://21dec2012.e-monsite.com/accueil.html). Vous aurez alors une idée du climat général à propos de tout cela, ah ah…

Réponse en 2013, pour la suite où l’on reconstruit le monde. Ben oui, j’ai oublié de vous le dire: un super airforce one-super high tech veille sur nous, tout en volant, comme si de rien n’était, découvrant en temps réel les modifications que les phénomènes apocalyptiques occasionnent sur la planète. Ou bien alors le 21 Décembre 2012, si vous préférez vous référer au calendrier maya plutôt qu’au calendrier grégorien, lorsque la fin du cycle des 13 baktuns du Compte Long Maya aura lieu…

A.C

A propos Lesfilmsd'alexandreCardinali

Réalisateur et monteur âgé de 34 ans, impliqué dans divers domaines du cinéma et de l'audiovisuel, mais aussi dans la critique...
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