Valhalla Rising-Un film de Nicolas Winding Refn

Il faut sans plus attendre célébrer Nicolas Winding Refn. Son dernier métrage, Valhalla Rising (piteusement traduit en français par « Le guerrier silencieux ») est, en ces temps de formatages cinématographiques, un parfait OVNI. Imaginez donc un film quasi silencieux, où il ne se passe parfois rien pendant de longues minutes, moments qui ne narrent rien d’autres que les interrogations diverses et les atermoiements  multiples des personnages. Winding propose effectivement une sorte de non-spectacle qui tranche radicalement avec le reste des productions que nous propose actuellement le grand écran. Même si Valhalla Rising, aux yeux des puristes, n’est qu’un remake officieux de « Aguirre, la colère de Dieu », de Werner Herzog (lui même actuellement occupé à gérer un business de remake, acoquiné avec des producteurs possédant les droits de « Bad Lieutenant »), le dernier film de l’auteur de « Bronson » et la trilogie « Push er » vaut le coup d’œil.

Winding Refn nous projette aux alentours de l’an Mill, lorsque les vikings commencent à reculer devant les premiers chrétiens. Etrange vision évoquée ici, celle d’une humanité perdue au milieu de l’immensité de la nature, et qui s’adonne à de bien violents jeux d’argents. Aucune ville, aucun village ni autre infrastructure n’accueille cette humanité éparse, condamnée à errer dans le vent des fjords et des forêts… Dispositif étrange, à notre époque d’urbanisation globale et mondialisée… La crudité des situations et l’immédiateté de la violence donnent une identité tribale, primitive ou ancestrale à ce film, et surtout un gros gage de réalisme. Même si l’histoire parle aux premiers abords d’un guerrier invincible borgne, le film s’écarte assez vite de son aspect Fight-clubesque et moyenâgeux pour se diriger vers de tous autres thèmes, ceux de l’errement, et de la foi, mais surtout des deux mélangés…

Le borgne et le jeune gosse qui l’accompagne (il sera le témoin de tout ce qui se passe dans le film) sont obligés de faire route avec une troupe nouveaux chrétiens, face à qui on pourrait parler sans doute de syndrome du « nouveau converti ».  Les vikings reculent, effarés devant ces croyants n’ayant qu’un seul Dieu,  « qui boivent son sang et mangent sa chair ». De nouveaux chrétiens en plein Jihad au coeur des terres nordistes. Face à ces hordes de nouveaux croyants se dresse Mads Mikkelsen, sorte de Delon Danois, borgne, et qui ne craint personne. L’infirmité qui frappe notre héros n’est pas si anodine, car il pourrait nous le faire comparer à Odin, divinité principale des vikings.

Et si « One-eye » n’était donc qu’un incarnat ? Ou une projection d’un Dieu qui descend dans la peau et la chair d’un humain, pour assister à sa propre déchéance divine, à l’heure ou d’autres croyances viennent prendre le dessus sur les siennes? L’idée est étrange, mais pourrait bien prendre corps chez Winding Refn. Là où Aguirre partait à la conquête d’on ne sait quoi, on ne sait où, notre Dieu déchu décide d’assister les nouveaux convertis, exaltés eux aussi comme pouvait l’être le personnage de Kinski, dans leur route vers Jérusalem. Route longue et improbable, sur une eau empoisonnée et noyée dans la brume, qui les conduira approximativement au nord de la côte Est américaine ou du Canada.

A l’heure où découpage rime avec charcutage et où rythme rime avec tachycardie, Valhlalla s’autorise quelque chose que l’on voit plus rarement ces derniers temps au cinéma : des longueurs. Des ellipses aussi. Dès que « one-eye » accoste sur les rives de cette nouvelle Jérusalem, où il n’y a, à priori, aucune trace d’humanité, mais une fois encore la nature, intacte et sauvage. Le temps des errements véritables commence alors pour les personnages, et chacun sombre de son côté, tandis que d’autres découvrent les traces d’étranges rituels mortuaires. L’image et le son sont ici plus sensoriels que narratifs, un autre grand luxe sur grand écran. Valhalla rising est un film sur le vide, sur la violence et la foi. C’est l’alliance entre ces trois thèmes qui fait la force de ce métrage, et Mikkelsen, complice de Winding Refn depuis l’épisode numéro deux de Pusher.

La lente déchéance, similaire à la fin d’Aguirre, qui frappe notre groupe de croisés est accompagnée d’une musique lancinante ou parfois épique, comme celle de Popol Vuh dans le film d’Herzog. Quelques effets colorés,  venus du clip, nous apprennent un peu trop facilement que notre borgne est atteint de prémonitions, cela renforce notre hypothèse sur la prétendue nature divine du personnage de Mikkelsen. Ce dernier, conscient peut-être de sa disparition prochaine, décide d’accompagner les nouveaux chrétiens exaltés dans leur perte vers cette nouvelle Jérusalem qu’ils ne peuvent construire, faute d’avoir pu rejoindre l’ancienne… Valhalla rising est le film du Dieu mort qui accompagne les fils du nouveau Dieu dans leur exaltation quelque peu fantasque, l’ombre d’Andrei Roubliov et de Tarkovsky n’est pas si loin. Faut-il faire un film long et étiré pour être aujourd’hui considéré comme un auteur

Et comme dans Avatar, comme quoi l’air du temps est parfois étrange, ce sont une fois de plus des indiens qui apportent au groupe d’infortunés une rédemption pour le moins violente. Ils ont la côte les indiens en ce moment au cinéma.

Après la foi : le sacrifice, le programme spirituel de ce film est décidemment riche, et la plongé abyssale, sourde et crue dans la violence qui sert d’introduction à cet ensemble est particulièrement efficace pour préparer le spectateur à ces thèmes, d’autant que le film gagne en sobriété, après cette introduction où la chair saigne constamment.

Nicolas Winding Refn nous prouve depuis les années 90 qu’il suit une sacrée trajectoire, personnelle et précise, qui sait composer avec les impératifs des canaux commerciaux qu’elle rencontre. Là où Bronson nous raconte l’histoire d’un homme pour qui la société contemporaine ne peut absolument rien, ni la prison, ni l’asile, Valhalla Rising nous montre la condition d’hommes telle qu’elle était il y a environ quelques dix millénaires, un peu comme le Apocalypto de Mel Gibson le faisait dans la jungle sud-américaine. Comme pour Bronson, Valhalla Rising sait exposer et explorer l’humanité lorsqu’elle se voit remise en question par les conditions précaires qui l’entourent. Le style n’a rien à voir avec le découpage de Pusher, il est ici moins léché que Bronson, film d’intérieur par excellent, Valhalla Rising, lui, est un film exclusivement composé de scènes extérieures. Winding Refn semble être un cinéaste réfléchit, qui avance film apes film selon une logique bien particulière. Le temps nous le dira. Qu’il continue donc de travailler avec Mads Mikkelsen, dont la présence écrasante à l’écran et le jeu sobre sont un gage de qualité cinématographique, si l’on en croit ses apparitions dans casino Royale et son beau rôle dans l’excellent Flame&Citron de Ole Christian Madsen.

Play it again Nicolas!

A.C

A propos Lesfilmsd'alexandreCardinali

Réalisateur et monteur âgé de 34 ans, impliqué dans divers domaines du cinéma et de l'audiovisuel, mais aussi dans la critique...
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