The Kingdom-Un film de Peter Berg (2008)

Ouf, ça déménage ! Ils sont pas contents, et en plus on leur met des bâtons dans les roues ! Qui ça ils ? Les experts, pas ceux de Jerry Bruckheimer et de TF1, ceux du FBI !! On en tremble d’avance ! Cette production de relativity Media datant de 2008 prend l’actualité et l’histoire récente à bras le corps, c’est sa qualité principale. The Kingdom est au neocon ou au soldier of fortune redneck ce que Syriana est à l’amateur d’informations alternatives du type Mediapart ou infowar: un vibrant plaidoyer… J’en veux pour preuve le générique de début du film, qui retrace habilement, et avec esthétique, l’histoire récente de l’Arabie Saoudite, sujet principal de ce film. La fiction prend ici ses racines dans un contexte réel, celui de notre monde.

Mais The Kingdom est  avant tout un film sur l’autre: en l’occurrence le saoudien. Ce métrage nous refait effectivement le coup de Soleil levant (Philip Kaufman, 1993) avec Sean Connery et Wesley Snipes, empêtrés dans le complexe relationnel nippon, tout en ayant un crime à résoudre. L’histoire repose ici pour beaucoup sur l’opposition culturelle entre nos vaillants agents du FBI et cette monarchie absolue qui permet à tout américain de conduire une grosse cylindrée, sans se ruiner en essence, pas comme en France… Nos spécialistes se voient effectivement dépossédés de leur arme en arrivant sur le sol saoudien, et sont baladés comme des touristes jusqu’à leur rencontre avec le prince, qui lui, va leur accorder le droit de faire une vraie enquête, avec leurs méthodes habituelles. Enquête qui va donc aller rapidement de l’avant, péripétie après péripétie, confrontant cette troupe à divers dangers, diverses oppositions les empêchant de diligenter leurs recherches correctement.

Comme dans le très post-neocons Démineur, de l’ex de James Cameron, l’environnement est ici totalement hostile pour nos agents du FBI, rien qui soit vraiment accueillant, les étrangers, ce sont eux. L’environnement est-il ici l’outil d’un climax, ou l’Arabie Saoudite vue par les intérêts d’une géopolitique particuliere ? Voilà l’impression que me laisse le film: « Méchants saoudiens, vous êtes… Différents de nous ! Mais on a besoin de vous quand même, et comme on fait du biz ensembles depuis presque un siècle… » Berg, un collabo à la Zack Snider ? Estampillé NRA ? Il semble que non, tant le récent Green Zone de Peter Greengrass respecte la vérité historique en abordant le bidonnage des W.M.D irakiennes.

Fer de lance du cinéma d’action militaire américain contemporain, Peter Berg sait mettre en scène l’intensité de la guerre et de la violence, mais sait également y intégrer la fragilité de la vie, The Kingdom n’est donc pas complètement un film bête et méchant, loin de là. La violence survient très tôt juste après le petit résumé historique qui sert de générique, quand un complexe de travailleurs américains est attaqué. La perversité et la violence des attaques terroristes sont saisissantes, tant elles sont pensées, réfléchies, planifiées et stratifiées. Le traitement de cette longue séquence de carnage n’est pas sans rappeler celui du gunfight de The International: réalisme et cruauté. Les corps surpris s’effondrent, déchiquetés, criblés. Nous assistons, de longues minutes, impuissants à un impressionnant carnage. Shot’em up en voiture, ceinture piégée de kamikaze, puis une fois que les secours sont là, attaque au camion piégé, comme pour les attentats du Drakkar dans les années 80, commandités eux  par le Hezbollah, d’obédience libano-iranienne. La scénarisation de cette longue séquence relève, semble-t-il, d’une étude précise des modes opératoires offensifs terroristes. Tout est réel, glaçant, froidement calculé. Cela est une autre des qualités du film, cette volonté de crédibilité dans la mise en scène de la guerre ou d’attentats terroristes. Cela pousse The Kingdom dans un registre de qualité différent du cinéma d’action traditionnel.

Le budget d’un tel film est conséquent, on ne peut pas le nier. De l’argent bien utilisé en tout cas, puisqu’on ne s’ennuie pas, et qu’on ressort de là songeur. Mais si certaines influences télévisuelles peuvent faire sourire: impossible ici de ne pas repenser aux experts, avec son casting où chacun a sa spécialité scientifique bien à lui, et 24, pour la linéarité continue et nerveuse, en tant quasi réel. Les seules ellipses que l’ont trouve dans the Kingdom, sont celles durant lesquelles nos personnages voyagent en avion, ou dorment. Le rythme est donc conséquent, on plonge dans le film (si on aime le genre). Le parti prit narratif est en tout cas concluant, on ne s’ennuie pas un seul instant. Aucune faute de casting, c’est suffisamment rare pour être souligné, très bon travail, même les seconds rôles sont crédibles et efficaces.

La direction dramaturgique est bonne, et Berg sait ménager des moments d’émotions simples. Le passage où notre troupe de spécialistes, descendant de l’avion, tombe sur les cercueils plombés de leurs collègues, en est un exemple parmi d’autres. Berg est donc loin d’être un tâcheron qui se cache derrière les explosions et les coups de feu. Il sait mettre en scène des choses simples et humaines lorsque l’histoire le demande. Bref, il deviendra peut-être quelqu’un dont on dira beaucoup de bien dans les livres de cinéma, s’il continue de réaliser des films de cet acabit pendant encore quelques dizaines d’années.

Quel est donc le McGuffin du film ? Cette petite phrase que Jamies Foxx susurre à l’oreille de sa collègue au début du film, et que Abou Amza chuchote, agonisant, à sa petite fille. On vous le dit: « On les tueras tous… » Tout un programme.

Les prochaines années, niveau géopolitique, risquent d’être animées, même si l’OTAN, à l’heure actuelle, semble se tourner vers un repli des zones afghanes et irakiennes…Cela n’empêchera pas, bien au contraire même, Peter Berg de réaliser des films d’actions plus que corrects.

Et en plus, il a une gueule de playboy, pff… La vie est injuste.

A.C

A propos Lesfilmsd'alexandreCardinali

Réalisateur et monteur âgé de 34 ans, impliqué dans divers domaines du cinéma et de l'audiovisuel, mais aussi dans la critique...
Cet article, publié dans Rewind, est tagué , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s