Piranha-un film d’Alexandre Aja (2010)



Ah les sales bêtes, elles avaient bien prévu leur coup ! Sous couvert d’être un film d’été, Piranha est un petit exercice de style plutôt bête et méchant, mais très rigoureux dans sa façon d’être, et honnête quand à ce qu’il annonce et ce qu’il est : un pur film d’exploitation. On a racolé, on a tapiné, on a prévenu les gens, et on est pas déçu, pour de l’exploitation, c’est de l’exploitation ! Du cul et du gore! Ça charcle et c’est vicieux, plutôt cool pour un film d’été.

Même si en terme de narration et de suspens, le film lorgne assez intelligemment autour de Jaws, auquel il ressemble, il parvient néanmoins à dégager sa propre identité. Le suspense est habilement proposé par le découpage, souvent composé de plans subjectifs des vilaines bêtes qui attendent patiemment leur menu XXL. C’est l’occasion pour Aja de signer alors quelques cadres assez intéressants, assez beaux même, et de flirter sans vergogne avec l’érotisme…

Découpage inspiré donc, allié à un montage qui sait ménager transitions entre moments plutôt calmes et intimistes, et passages plus tendus au niveau dramatique. Le tout est efficace, les emprunts sont stylés et respectueux, je pense notamment à la découverte du premier corps, sur une barque de nuit, repenser à cette séquence m’évoque l’univers de Fulci. La direction artistique du film est très homogène, aucune fausse note, aucun mauvais choix, même si l’ensemble dénote plus d’un très grand professionnalisme que de la perfection.

Le film d’Aja est un film d’été, donc faussement subversif, car au final, très emprunt de la morale que l’on peut retrouver depuis quelques décennies déjà dans le cinéma américain: Huston, Verhoeven période Basic instinct, et le code Hays, ah ah tout un programme ! Le film prend ses racines dans ce contexte moral là, et suit à la lettre les commandements qui en découlent:

-La famille avant tout, protège ta petite sœur plutôt qu’à aller trainer avec des taspé qui te font boire de l’alcool et prendre de la drogue.

-Tu éviteras les personnes licencieuses, si tu ne veux pas connaître le même sort qu’elles, qui est en général douloureux, spectaculaire et sanglant.

-Ta mère tu écouteras, surtout si elle est le sherif de la ville où tu vis.

Le film s’articule autour de ces quelques axiomes moraux, et ne s’en dérobe pas. Au premier abord, Piranha propose une grille de lecture subversive, où l’on fait comprendre avec moult détails que ces hordes de cons de djeuns qui ne savent que s’enivrer façon binge drinking  et se vautrer dans d’énormes fêtes vaguement partouzardes, vont se faire hacher menus par des hordes de piranhas customisés comme des motos terminator.

Le procédé est très efficace sur vous si, comme moi, vous détestez les hordes de jeunes version apéro-facebook qui n’ont d’autre objectif que de errer sans but dans la vie, en s’enlisant dans d’interminables fêtes bruyantes, et même quelque peu énervantes quand elles se passent sous vos fenêtres. Dès le début du film, quand la mère arrête un de ces crétins ambulants, le ton est donné: la viande soule et/ou déviante va passer un sale quart d’heure.

Ce postulat donne lieu à des scènes sacrificielles, où le personnage qui ne respecte le cadre moral imposé par l’environnement du film se fait immanquablement dépiauter de façon assez moyenâgeuse. Je repense notamment au personnage du réalisateur crevard et dévergondé, très crédible pour un réalisateur, qui est châtié par là même où résidait son péché, c’est à dire sa bite. Organe d’ailleurs recraché dans un rot par un piranha sans doute trop glouton qui a mangé trop vite, le mauvais gout de la séquence est délicieusement assumé, j’attendais plus de compromis de la part de ce film, je suis agréablement surpris, tant le traitement est plus entier que tiède. La jeune bimbo, pourtant sympathique, mais qui constituait une tentation par rapport à la première amie du jeune héros, rencontrée au début du film, connaitra le même sort infortuné que son réalisateur. Piranha est à ce point intangible et immanent. La séquence d’attaque générale, où la mer devient rouge de sang est échelonnée dans la catastrophe, et rejoint presque Apocalypto en terme d’intensité et de sang…

 

C’est donc pour Aja une façon assez directe d’implanter davantage son cinéma aux Etats-Unis, en épousant certains codes moraux qui peuvent caractériser tel ou tel film tourné là-bas. Crédité avec son compère Gregory Levasseur en tant que exécutive Producer, Alexandre Aja a donc plutôt l’air de bien s’acclimater aux us et coutumes du mode de fabrication cinématographique américain. Il a su, dès son second long-métrage, produire un cinéma d’horreur efficace et honnête, comportant parfois des moments d’intensité qui sont dans la pure continuité des canons du genre.

Je suis curieux de voir comment le fils Arcady va évoluer dans le temps, quand il s’attaquera à un autre genre que celui qu’on lui connait, s’il le fait toutefois. Puisque l’horreur ne lui fait pas peur, il devrait essayer le cinéma de guerre tiens, ça pourrait lui réussir.

A propos Lesfilmsd'alexandreCardinali

Réalisateur et monteur âgé de 34 ans, impliqué dans divers domaines du cinéma et de l'audiovisuel, mais aussi dans la critique...
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