The social network-Un film de David Fincher (2010)

Le cinéma a souvent été utilisé pout bâtir ou servir des légendes, des mythes, les mettre en image servant ainsi à renforcer leur prestige, ou parfois les questionner, même si cela s’est fait de façon plus sporadique. Cela été le cas par exemple pour l’évocation des personnages historiques ou mythologiques, pour les périodes de guerre et de conquêtes. Ce n’est plus vraiment le cas du cinéma d’aujourd’hui, en tout cas en occident, vu qu’il n’y a plus de guerres victorieuses ou de conquêtes. The social network pratique donc le récit épique d’une autre manière, à un autre niveau, et avec de tout autres personnages.

Le film est à l’image de son réalisateur, rusé et habile. On se prend donc vite au jeu pour ce qui est de suivre le parcours et les pérégrinations de ces jeunes winners bien proprets. On en vient même à ressentir de l’affection pour Mark Zuckerberg, que le film nous présente comme un petit nerd teigneux mais craintif, très peu doué pour les relations humaines mais talentueux dès il a un clavier entre les mains. The social network est un teen movie Deluxe, décliné ici en version Harvard, avec que des gosses de riches qui pourraient être mannequins. Mais il y a quand même quelques asiatiques, à des soirées, pour se faire troncher. On voit même des noirs aussi, deux ou trois fois, il y en a même un qui semble avoir un poste à responsabilité ! The social network semble donc remplir les quotas de représentation ethnique et n’est donc pas totalement un film WASP über alles !

La narration est parfois déclinée en montage parallèle alterné, mais ne se montre pas pour autant compliquée et sinueuse. Le récit est fluide et nerveux, alors même que le montage joue sur les flashbacks, transforme parfois même certains passages en flash-forward, comme c’est le cas de l’apparition de la première séquence avec les avocats, qui apparaît alors que facebook n’est même pas encore crée à ce moment là du film.

De manière générale, le style visuel de Fincher s’efface timidement devant l’histoire qu’il raconte et les personnages qu’il met en scène. Même Zodiac, visuellement si sobre par rapport au reste de sa filmographie semble plus esthétisé que the social network, le film n’en souffre cependant aucunement. Fincher, film après film, semble se tourner vers un certain académisme visuel, ce qui est normal, quand on a grandement contribué à poser les jalons de l’esthétique visuelle contemporaine, cela lui sied plutôt bien. On retrouve le même sérieux et la même application dans la composition des cadres que celle que l’on trouvait déjà dans Zodiac. Le classicisme fait de toute manière bon ménage avec David Fincher, on a déjà pu le remarquer dès The game et Zodiac.

Si le style visuel est en retrait, c’est pour mieux poser en héros les créateurs de facebook ou de Napster. Pire, les représenter en icones, les montrant en train de vivre une perpétuelle vie de rock star, cela pourrait risquer de pousser le film dans un jeunisme abominable. L’empathie que le film peut nous faire ressentir envers Nick Zuckerberg, Eduardo Saverin, Sean Parker ou peut-être Cameron et Tyler Winklevoss est ainsi donc sa plus grande limite…

N’attendez pas de voir ici une quelconque trace de subversion dans ce métrage, raison pour laquelle peut-être les noms des créateurs de Facebook ainsi que le logo de leur boite soient ouvertement explicités dans cette histoire. On est donc loin du ton de Fight-Club, on évolue ici dans l’univers feutré, policé et feutré des renards qui régissent le monde, les vrais, pas ceux que vous voyez à la télé. A titre personnel, ma mémoire personnelle me faisant rarement défaut, the social network est une vision lucide et réaliste des universités américaines, qui me rappelle ce que j’y ai vu quand j’en ai visité une dans les années 90, même amabilité en surface et attitude concurrente au fond du cœur. Les universitaires américains sont quand même de grands chanceux, ils sont presque les seuls à pouvoir vivre là-bas dans des bâtiments classiques !

Ce film met ici en scène les grands gagnants du modèle économique occidental et de son mode de vie, ces winners qui sont encore des gamins qui s’entre- déchiquètent ici à grands coups d’avocaillons dès qu’il y a un peu trop d’argent en jeu… Si la mise en scène de ce biopic qui se porte sur des événements n’ayant même pas une décennie, c’est au fond peut-être parce que ces gens là sont simplement les seuls éléments réellement épiques que notre époque a à nous proposer…

C’est con, j’ai passé un excellent moment, mais j’aurais bien aimé un film du même genre avec les skulls&bones dedans, histoire que Fincher conserve le charme subversif, ou evil, qu’il peut avoir…

Avec la maitrise formelle de son sujet, une esthétique plutôt classique, et un thème typiquement américain, qu’il traite avec un plaisir certain – le milieu des affaires chez les jeunes loups, la concurrence rude des affaires chez les jeunes décideurs de demain – David Fincher vient de terminer d’entrer définitivement dans le panthéon des grands cinéastes classiques américains, en confiant en plus la BO de son film à un musicien américain célèbre, lui aussi entré dans un panthéon, musical celui-là. Les sons de Trent Reznor, assisté comme toujours d’Atticus Ross, sont la clé de voute idéale, l’un des rares éléments vraiment émotionnel de ce film. Il est évident que l’absence de la musique du créateur de NIN aurait été une perte artistique considérable pour le métrage de Fincher…

Que demande le bas-peuple? Il serait un goujat de demander plus!

A propos Lesfilmsd'alexandreCardinali

Réalisateur et monteur âgé de 34 ans, impliqué dans divers domaines du cinéma et de l'audiovisuel, mais aussi dans la critique...
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