Interstellar, un film de Christopher Nolan (2014)

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Ce qu’il y a de bien dans le dernier film de Christopher Nolan, c’est sa dimension à la fois écolo et bien-pensée: le métrage n’a couté que la somme de 165 M USD, donc modique face aux records de budgets au cinéma,  et il dépasse le million d’entrées en France lors de sa première semaine d’exploitation. Interstellar coute moins cher par rapport aux principales sorties mondiales avec lesquelles le cinéma nous fait rêver. Avatar avait couté 250 M USD, Dark Knight entre 185 et 235 M USD, Interstellar, ne dépasse même pas la barre des 200 M USD et se révèle être un divertissement particulièrement brillant qui fait habilement réfléchir. Une quintessence de cinéma en quelque sorte.

vlcsnap-2014-12-23-11h48m41s53 vlcsnap-2014-12-23-11h47m37s176vlcsnap-2014-12-23-11h44m10s160

Le dernier Nolan narre l’histoire se déroulant très vraisemblablement durant la fin XXIème du siècle d’un ancien pilote de la NASA, Cooper, devenu agriculteur.

vlcsnap-2014-12-23-11h40m12s68 vlcsnap-2014-12-23-11h37m16s111Réorientation professionnelle ostensible car la terre est épuisée et polluée, plus rien n’est cultivable ou presque. Les armées n’existent plus, parce que tout le monde est en train de crever lentement et n’a donc plus l’énergie et le temps de faire la guerre pour gagner du pognon.

vlcsnap-2014-12-23-12h01m38s110Nous avons trop consommé, nous avons été trop frénétiques et nous nous éteignons lentement, épuisés. Telle est la ritournelle orchestrée par le contexte du monde tel qu’il est ici mis en scène. Il s’agit d’une analyse lucide et réfléchie en regard du mode de vie des humains de notre époque, alliant multiplication et surconsommation.

vlcsnap-2014-12-23-12h01m30s54Cooper, par le biais de phénomènes étranges observés par sa jeune et douée fille répondant au nom étrange de Murphy, se retrouve au NORAD, un ancien organe de défense essentiel au gouvernement américain et capable d’envoyer des ogives partout sur la planète.

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Cooper se voit alors confier la mission de la dernière chance par d’anciens potes astronautes et astrophysiciens qu’il retrouve sur places en compagnie de robots multitâches assez drôles qui rappelant le monolithe de 2001. Il faut trouver une planète habitable, ou au pire déposer au bon endroit un pack d’œufs avec du bon ADN dedans.

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vlcsnap-2014-12-23-11h48m24s119 vlcsnap-2014-12-23-11h40m39s86Cooper est un mec vraiment à la cool, il sait faire plein de trucs, notamment piloter un vaisseau spatial comme un kart ou un avion de chasse lors d’un drill, le tout en apprenant à sa fille comment capturer un drone indien perdu en le pourchassant et le hackant à bord de son Dodge Ram (pick-up très populaire aux Etats-Unis).

vlcsnap-2014-12-23-11h42m51s133Séquence délicieusement américaine s’il en est, mettant donc en scène une Amérique rurale se battant pour des raisons de survie pure, où la fille de Cooper s’étonne qu’on essaye de capturer ce drone qui « ne fait de mal à personne ». Nous sommes loin du présent et de sa réalité, avec ses drones prédator, ses états-chasseurs et ses victimes collatérales. Cooper abandonne tout le monde pour partir accomplir sa mission, et affronter sa destinée.

vlcsnap-2014-12-23-11h54m14s53 vlcsnap-2014-12-23-11h38m39s153 vlcsnap-2014-12-23-11h37m16s111 vlcsnap-2014-12-23-11h37m03s214Interprété par LE mec du moment, Matthew McConaughey (au top depuis True detective), le film gagne évidemment en qualité. Doté d’un accent sudiste utilisé de façon efficace, et non comme un gimmick culturel (cf le joueur de banjo qui bouffe de la pastèque), Matthew plait à toute la famille, l’homme idéal du moment. Mutation qui le fait se diriger vers des rôles plus matures et sérieux, voire carrément sombres, opposés donc que ceux qui l’avaient abonné aux rôles de minet simplet durant les années 90, hold tight!

vlcsnap-2014-12-23-12h04m44s226S’agissant ici d’un film d’espace, la comparaison avec Kubrick et son 2001 est donc évidemment possible et même ici pleinement assumée. Kubrick, lui, a tourné son Odyssée en 1968. Nolan œuvre en 2014, alors que de très nombreux changements ont été occasionnés par les progrès et les découvertes. A l’époque de Kubrick, on allait envoyer des gens sur la lune. A la notre, nous commençons à être capables de comprendre ce qui unit les différentes particules qui composent notre monde, mais nous n’envoyons pas plus de vaisseaux que cela dans l’espace parce qu’il faut bien l’avouer: cela coute très cher, les technologies sont peu partagées, et cela ne rapporte rien (pas de stock à écouler sur Mars ou Pluton). La conquête spatiale apporte un peu de fun de temps en temps, mais c’est tout. Pour résumer, au début du XXIème siècle, nous fonctionnons beaucoup comme au XIX siècle: nous guerroyons beaucoup, avec les moyens et les moeurs de notre époque et ce que cela entraine, l’exploration spatiale ne fait pas beaucoup rêver, alors qu’elle offre sa part de travail elle aussi, en matière de découvertes.

Interstellar propose pourtant une deuxième moitié de XXIème siècle en totale opposition avec la fébrilité du début du XXIème tel que nous le vivons actuellement avec son cortège de guerre, de luttes, ou la suprématie s’ordonne selon un règne presque animal en dépit des cortèges diplomatiques avec lesquels les nations nous abreuvent, et où l’épuisement des ressources et les risques de contamination sont des problèmes passés sous silence, ou presque.

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Le monde proposé par Interstellar est en effet d’une lucidité et d’un courage exemplaire pour un blockbuster américain. Oui, si on continue à surconsommer, on aura plus rien. La terre, si tu la cultives trop ou si tu fais n’importe quoi avec, elle t’envoie chier.

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Un tel discours, venant du pays qui consomme, et de loin, le plus d’énergies sur terre sans pour autant être l’un des pays les plus peuplé (loin de là), est un beau geste. Ou une manoeuvre gonflée, au choix.

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Mais peut-être un geste qui accompagne un ensemble plus grand, comme l’accord signé entre les Etats-Unis d’Amérique, et la république populaire de Chine. Accord censé lutter contre la détérioration de nos conditions de vie et lutter pour notre survie, car après tout c’est de cela dont il est question. De pollution.

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Accompagné d’un astrophysicien de renom, Kip Thorne, Nolan en vient au final même à mettre en scène la théorie des cordes à la fin du film, autre petit clin d’œil à 2001 et son épilogue étrange. Il fallait en tout cas y penser, chapeau. Inception était un gadget sur un simple plan du montage alterné parallèle et progressif, Interstellar, lui, est une œuvre mature, sage et réfléchie. Merci ô monsieur Nolan, vous qui siégez à Hollywood, de demeurer aussi clairvoyant lorsqu’il s’agit de créer un spectacle à grande échelle.

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Mais la comparaison avec 2001 est donc caduque:

Même si Stanley Kubrick travaillait avec la NASA, là où un des plus grands astrophysiciens de la planète a participé à l’écriture du scénario,

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même si le vaisseau de Matthew Mc Conaughey ressemble un peu à ceux de 2001, surtout quand il y a de l’orgue (et il y en a beaucoup, à toutes les sauces). Même si 2001 partait vers l’abstraction et l’inconnu à la fin. La comparaison s’arrête là.  Car malgré ces analogies et ces similitudes, nous ne sommes plus en 1968, c’est à dire il y a presque cinquante ans… 2001 l’odyssée de l’espace s’enfonce dans le temps, et ce malgré toute la minutie déployée par son auteur lors de sa réalisation, scientifiquement cela commence à se faire sentir. Il en est ainsi.

vlcsnap-2014-12-23-11h44m54s79 Nolan semble donc être aussi sage et appliqué que Kubrick dans sa façon de travailler : il s’entoure des meilleurs connaissances liées au sujet qu’il va exploiter. Certes, le découpage de son film n’est pas révolutionnaire comme a pu l’être celui de 2001 en son temps, mais Nolan travaille à Hollywood et n’est pas les frères Wachowsky quand il faut inventer des nouveautés en terme de mise en scène. Pragmatisme et réalisme semblent l’avoir guidé durant la conception de son film, grand bien lui en a donc pris, car le traitement est plus que satisfaisant.

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La musique n’est pas en reste non plus. Les fans d’Hans Zimmer seront heureux de profiter d’une partition bien pensée qui fait la part belle aux orgues et accompagne ou illustre très bien certaines séquences. C’est le cas lorsque nos protagonistes sont coincés sur la première planète, la planète pute, celle qui bouffe votre temps tout en vous envoyant des tsunami géants. Montains est un morceau très bien composé, dont la rythmique rappelant le son d’une horloge fonctionne d’une manière des plus efficace, soulignant la dangerosité du temps qui s’écoule durant ladite séquence. La BO d’Interstellar est donc elle aussi un gage de qualité, et s’écoute très bien en dehors du film.

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Interstellar est donc une belle œuvre poétique et contemplative, qui ne fera pas du tout ressentir les 2h49 à celles et ceux qui succomberont à son charme. On ressort du film avec beaucoup de questions à propos de l’avenir, de l’existence, et sur le fait de vivre au sein d’une société humaine constamment en devenir, faisant ainsi d’Interstellar un film quasi indispensable.

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A propos Lesfilmsd'alexandreCardinali

Réalisateur et monteur âgé de 34 ans, impliqué dans divers domaines du cinéma et de l'audiovisuel, mais aussi dans la critique...
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