Le chant du loup- Un film d’Antonin Baudry (2019)

SPOILERS INSIDE

Les américains n’ont qu’à bien se tenir, voici un film que Tom Clancy lui-même n’aurait pas renié. Car la France vient ici de se hisser au niveau des États-Unis concernant le difficile genre du thriller militaire et du film de sous-marin. Preuve s’il en est: le film vient d’être récemment racheté par Netflix quelques mois après sa sortie dans les salles françaises. Soyons honnêtes, américain le film l’est déjà un peu dans la mesure où une partie de sa postproduction sonore a été effectuée par Skywalker sound, l’une des sociétés d’effets spéciaux de Georges Lucas, garante en partie de la jolie finition de ce métrage.

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Chaussette est un analyste en guerre acoustique: embarqué à bord d’un sous-marin, son ouïe sonde le moindre bruit des fonds marins, le silence étant l’état absolu que recherche un submersible, discrétion oblige. Les spectateurs se souviendrons en effet de The Hunt for red October de John McTiernan, et de son sous-marin soviétique totalement silencieux. Chaussette est une mémoire auditive vivante, capable de reconnaître en un instant tel bruit de pale ou de tir de missile. Personnage atypique, à la marge du monde militaire et de ses exigences, se trimbalant donc en chaussette dans un sous-marin, le personnage se verra recevoir quelques répliques cinglantes par sa hiérarchie, « Alors chaussette, c’est pas l’heure du joint ! », « Vous n’avez pas une femme à emmener aux champignons? ».

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Chaussette est donc un jeune premier campé par un étonnant François Civil qui apporte avec sa fraicheur un contre-point parfait à un casting en béton armé, composé de fers de lance du cinéma français:  Reda Kateb, Omar Sy, Matthieu Kassovitz. Rien que ça.

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Ajoutons à ce casting 100% masculin un peu de douceur féminine en la personne de Paula Beer, éblouissante dans le rôle de Diane.

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Le premier plan où l’actrice apparaît est d’ailleurs rafraichissant à plus d’un titre, introduisant le féminin dans un film foncièrement masculin, machinique et froid, où des soldats s’activent au fond de la mer dans des coursives remplies de tuyaux et de machines.

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La parité et la révolution femmeliste féministe étant en marche, force est de constater que le sous-marin est professionnellement un monde d’homme. Pas pressées d’aller faire la guerre les bonnes femmes ? On les comprend. Néanmoins, le Suffren, sous-marin d’attaque français de dernière génération mis à l’eau ce mois-ci va pourtant changer la donne, étant adapté à la cohabitation des deux sexes.

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Trêve de plaisanteries, le personnage féminin principal du film est toutefois peu original, campant une drôlesse sympathique qui fait fumer un tarpé à notre héros et n’est au final pas foutue de lui trouver le bouquin de mathématiques dont il a besoin. On aurait aimé un personnage féminin un peu plus dense, un peu plus développé, qui sort de l’archétype de la jolie dévoyeuse.

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Mention spéciale à Matthieu Kassovitz, qui joue aujourd’hui plus qu’il ne réalise hélas, mais qui incarne ici parfaitement un amiral old school, à la répartie aussi cinglante que son autorité. Kasso incarne bien mieux un militaire qu’à l’époque de L’ordre et la morale, on voit que Le bureau des légendes est passé par là…

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Reda Kateb, toujours parfait, celui-là était déjà acteur dans le ventre de sa mère! Omar Sy, lui, apporte un peu plus d’humanité dans ce monde de gradés de la marine. A eux trois et avec François Civil, ils portent la quasi intégralité du film sur leurs épaules, alors chapeau à eux.

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Le film démarre par une séquence d’action intense et nerveuse, qui suit l’exfiltration houleuse d’un groupe de Forces spéciales françaises enterré à la façon du 13ème régiment de dragons parachutistes vers Tartous, en Syrie, non loin de la base aérienne russe qui s’y trouve, sans doute afin de surveiller ce que ces derniers y bricolent.

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Car des russes, c’est d’eux dont il s’agit beaucoup en filigrane dans ce film. Phénomènes acousmatiques par excellence : les russes on ne les voit pas, on les entend pas directement, mais on entend beaucoup parler d’eux, tout comme on entend apparemment leurs sous-marins.

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Le chant du loup est donc un brillantissime thriller militaire, qui noie plus qu’il n’immerge le spectateur dans un vocabulaire technique que seuls les initiés comprendront, le tout servi par un découpage efficace, tout aussi efficace que le montage. Les deux réservent néanmoins de rares moments poétiques, comme par exemple le premier plan du film, superbe à plus d’un titre. L’histoire connaît hélas un déséquilibre manifeste : les séquences à terre, marquant le retour à la vie civile, sont moins intéressantes et palpitantes que les séquences militaires à proprement parler.  Elles font redescendre l’intensité que ce métrage avait pourtant réussi à atteindre dès la première séquence et l’effet immersif qui en découlait. Mais après tout, les militaires ont quand même droit à un peu de vie civile ! Car si les parties se déroulant sur la terre ferme sont évidemment bien moins trépidantes que celles se passant à bord des sous-marin, elles en forment un contrepoint pour le moins indispensable (les marins ne passant tout de même pas l’intégralité de leur vie en mer), mais cela déséquilibre donc le film. Une transition plus marquée entre vie militaire-vie à bord et vie civile, un sas de décompression, aurait été salutaire pour les changements de rythme et d’intensité.

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Malgré le contexte brûlant d’actualité où se déroule notre histoire, une approche géopolitique qui se veut réaliste, mais au final confuse voire même un peu mensongère, gâche quelque peu l’ensemble:

Un sous-marin racheté par des fonds djihadistes? Pourquoi pas, on ne les attend pas au fond des mers. L’idée est scénaristiquement surprenante, et donc terriblement efficace. Plutôt balèze pour des barbus en apparence  occupés à échanger des femmes contre des chèvres… Mais des djihadistes sunnites qui transmettraient les cordonnées d’un sous-marin français à la marine iranienne? Et cela après avoir franchit les seuils techniques, acquis les connaissances propres au pilotage d’un sous-marin, pour ensuite réunir et former un équipage à même de piloter ledit sous-marin ? La capilotraction est-elle ici effectuée avec un char Leclerc ? Les cartels sud-américains ont essayé de monter une flotte de sous-marins pour remonter des stupéfiants vers les États-Unis, malgré leur pouvoir et l’argent illimité de la drogue, cela ne fonctionne pas toujours, y compris après «l’importation» d’anciens scientifiques soviétiques en Amérique du Sud… La gestion d’un sous-marin est donc possible uniquement lorsqu’il y a un état aux manettes, le reste n’est bien souvent qu’amateurisme assez hasardeux, pour le moment…

Les djihadistes qui occupent la Syrie et l’Irak sont des takfiristes et des wahhabites, donc des sunnites, très éloignés religieusement des iraniens chiites. Chiites et sunnites c’est un peu comme chien et chat, ou lions et hyènes: ça s’accommode difficilement, et cela pour des raison avant tout théologiques que simplement politiques, mais l’Occident semble persévérer à ignorer cela, ou surfe  au contraire sans vergogne sur cette opposition. Sur le terrain, ce sont mêmes de nombreuses milices irako-iraniennes d’obédience chiite qui ont combattu les djihadistes de Daesch, quand ce ne sont pas les gardiens de la révolution iranienne, voire même le Hezbollah (rien de moins que la première version de ces derniers) qui sont allés se frotter aux monstres de Daesch.

Officiellement, les seuls mouvements terroristes hélas soutenus par l’Iran sont plutôt des groupes comme le HAMAS palestinien, car les iraniens refusent aux sionistes le droit d’occuper les territoires aujourd’hui israéliens (ils leur reprochent aussi de leur avoir volé le concept du monothéisme mais ceci est une autre histoire, davantage entre perses et hébreux qu’iraniens et israéliens).

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Tirer un missile nucléaire sur la France à partir du détroit de Béring, voilà une idée bien saugrenue, car il y a des vecteurs bien plus efficaces et courts pour caler un I.C.B.M sur le territoire français. Par exemple, le tirer à partir de l’océan Atlantique, pour créer ainsi une fenêtre d’interception quasi inexistante d’autant que la France n’a, officiellement, pas d’armes anti-I.C.B.M.

C’est la grande erreur géostratégique du film: si les russes sont accusés à tort de tirer sur la France à l’arme atomique et que le vecteur de frappe traverse justement leur pays dans le sens de la largeur (et Dieu sait si leur pays est justement large), pourquoi ne tenteraient-ils pas justement de stopper le missile avec leur armement anti I.C.B.M (officiellement bien plus développé que celui de la France)? Histoire de prouver leur bonne foi, surtout qu’une frappe nucléaire sur le sol russe entrainerait un reboot nucléaire à échelle planétaire via une riposte russe, car comme on l’a dit au Kremlin: “A quoi bon un monde sans la Russie? » Plus prosaïquement encore: à la guerre nucléaire, tout le monde meurt. L’arme nucléaire n’a aucune valeur tactique, « Vous ne pouvez pas gagner une guerre nucléaire » disait-on dans les années 80. Sa seule stratégie est au fond d’inviter les gens à se réassoir à une table pour se dire (encore et encore) des choses.

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Personne n’a intérêt à ce que l’on attende quelques centaines de millions d’années pour que la carte biologique de la planète se reconfigure de façon à pouvoir à nouveau accueillir ce phénomène que certains appellent la vie. Ce missile tiré par un sous-marin fantôme qui traverserait toute la Russie est au final une idée totalement idiote et irréaliste. Mais le traitement plus qu’efficace de l’événement dans le bunker sécurisé de la base, accompagné de la procédure de tir nucléaire longuement détaillée à bord du S.N.L.E, efface temporairement cette question qui revient bien plus tard, lorsqu’on repense (souvent en bien d’ailleurs) au film.

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Soyons un peu mauvaise langue avec ce très bon film (après tout la critique est aussi faite pour cela), et continuons d’énumérer quelques autres erreurs un peu moins importantes: Chaussette qui réussi à s’introduire dans le bureau du commandant et à pirater son ordinateur alors qu’il est filmé (même de dos)? Vouiii.

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Chaussette qui arrive à se faufiler dans le bunker sécurisé après que l’état d’alerte soit lancé, sans risquer de se faire tirer comme un lapin ? Vouiii.

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Les russes (encore eux !) qui envahissent la Finlande? Vu la branlée mémorable qu’ils se sont pris par les mêmes finlandais au tout début de la seconde guerre mondiale, lorsque la neige s’était mise à parler finlandais et que l’histoire de la guerre avait connu son meilleur sniper (Simo Häyhä alias la mort blanche), peu de chance qu’ils s’y collent à nouveau. Les russes en Finlande en 2019 ? Vouiii.

34lvyxmaxresdefaultIl existe donc plusieurs incohérences, parfois assez grossières, quand on y repense, au sein de ce métrage, mais elles ne gâchent aucunement le plaisir que l’on prend à le regarder tant il est efficace et bien fait, preuve donc in fine de sa qualité. Ces velléités géopolitiques et géostratégiques sont bien peu connues du grand public, qui en général s’en branle de savoir qui sont réellement les méchants et les gentils (si tant est qu’il y en aient vraiment sur un théâtre de guerre et en géopolitique de manière générale). Tout cela est donc totalement gommé par l’écriture d’un scénario au rythme tenace et haletant: les 23 premières minutes vous tiendront effectivement scellés à votre siège tant la tension est efficace.

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Ainsi, Aristote affirme que ceux qui sont en mer ne sont donc ni vivants ni morts. Dans un état transitoire entre la vie et la mort ? Difficile d’imaginer que le marin, cet être semi-nautique se nourrissant exclusivement de chique et d’alcool se prête à ces considérations métaphysiques… Dans tous les cas, Le chant du loup est un divertissement bien plus qu’efficace malgré un contexte moins réaliste et honnête qu’il n’y paraît. On appréciera donc de voir et revoir ce métrage, après tout il ne s’agit que d’une fiction destinée au grand public, non un documentaire fouillé et détaillé destiné à des spectateurs plus exigeants. En 2019, le cinéma grand public  semble de toute façon plus que jamais s’adresser en priorité à cette catégorie de spectateurs: ceux qui ne veulent pas trop réfléchir.

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Shin Gojira, ou l’amour de la démocratie – Un film d’Hideaki Anno et Shinji Higuchi (2016)

SPOILERS INSIDE

La production hollywoodienne s’était accaparé ces dernières décennies le mythe central et fondateur du Kaiju movie (film de monstre japonais) avec le dispensable Godzilla de Roland Emmerich en 1998, puis en 2014 avec la version éponyme et dépoussiérée de Gareth Edwards, puis ensuite deux Pacific Rim. Il fallait donc que le Japon réagisse. C’est désormais chose faite avec Shin Gojira, production entièrement nippone. Plus question ici de coproduction internationale, c’est cette fois-ci le pays du soleil levant tout seul qui se réapproprie des plus efficacement le mythe crée en 1964 par la Tōhō.

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Shin Gojira est un film résolument contemporain, au découpage efficace qui allie found footage, images télévisées et matériaux issus des réseaux sociaux, le tout mélangé à des formes de narration plus classiques et plus immédiatement cinématographiques.

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L’ensemble est uni par un montage efficace et dynamique qui ne s’égare rarement dans des séquences secondaires ou l’approfondissement de tel personnage. La personnalité, les caractères et les individualités s’effacent ici au profit du groupe et de sa survie, de la bureaucratie et de la (géo)politique, car nous sommes au Japon. Un Japon qui plus est envahit par une forme de vie super-naturelle.

Shin Gojira est, en ces temps troublés politiquement, un éloge plutôt réussi de la démocratie. Voyez plutôt, alors qu’un gros monstre à la con est en train de tout défoncer en ville:

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On s’assure qu’il y aura bien le nombre adéquat de photocopieurs pour la réunion!

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Après la réunion, on va à une autre réunion, puis à une autre réunion, puis encore une autre, mais qui concerne un autre cabinet, cette fois-ci avec le premier ministre.

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Et pendant ce temps là, La bête continue tranquillement sa route destructrice à travers le monde des humains.

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Cette mise en avant de la bureaucratie, de l’organisation, du collectif, soulignée par certaines répliques des personnages principaux expliquant que « la bureaucratie est la base de la démocratie », est également considérablement soutenue par la mise en scène et le découpage. Les articles de lois permettant une réponse armée du japon, très pointilleux avec le rôle de son armée depuis la seconde guerre mondiale, viennent même s’inscrire sur l’écran.

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Les réunions connaissent de virevoltantes préparations à base de stabilos, de bureaux et de micros, d’ordinateurs, de comités et de chaines de commandement. « La bureaucratie étant la base de la démocratie » selon l’un des personnages principaux.

Il n’est donc point ici question de passéisme ou d’autocitation (celle-là même qui pollue la majorité des remakes américains, et des grands succès commerciaux de manière générale). Si toutefois il était convenu d’évoquer l’autocitation de ce film, elle serait plutôt réussie: la partition originale est utilisée magistralement et parfois pompeusement (la musique est extrêmement présente tout au long du film), mais on est loin de l’autocitation béate, stupide et autosatisfaite qui caractérise les blockbusters américains depuis quelques années (Terminator et Alien en tête).

Le film de destruction trouve peut-être son utilité en étant un exutoire parfait, une catharsis sotériologique, il est un genre désormais répandu dans le cinéma et les cultures populaires. Encore plus répandu alors que le climat nous fait maintenant vivre des heures d’angoisse.

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Gojira (ゴジラ), en japonais la contraction des mots « gorille » et « baleine », est ici extraordinaire et abominable à la fois, ses multiples transformations sont angoissantes et constituent les virages narratifs les plus marquants du film: Son aspect, gélatineux puis rampant au début, tour à tour semi-marin, puis terrestre et reptilien, est pour beaucoup dans la réussite du film.

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Chaque évolution de l’animal lui permet de se déplacer autrement et de gagner en puissance, Gojira rampe, puis se redresse, c’est une catastrophe pour les infrastructures. L’évolution morphologique du monstre encadre donc la narration du film, à mesure que les transformations organiques de l’animal lui permettent de terrasser l’environnement urbain.

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 La direction artistique, plutôt réussie, fait oublier les effets spéciaux, et seuls quelques plans parfois moins bien truqués font parfois retomber l’illusion. Le regard de l’animal est horriblement inexpressif dans ses premières formes, son regard rappelle celui d’un requin blanc, réputé pour son inexpressivité glaçante.

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Le traitement scénaristique glorifie donc l’entraide et l’organisation (deux choses au fond très démocratique). Mais ici, point de place pour l’individualité: pas d’erreur possible, nous sommes au Japon, et de manière générale en Asie, où le collectif (et la nation) passent en général avant l’individu. On écoutera tout au plus un discours de motivation vers la fin du film avant le combat final contre le monstre.

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L’intelligence du film réside principalement dans son discours global : la force brute ne sert à rien face à un ennemi inconnu et ultra-puissant. L’échelonnage de la violence des ripostes humaines en est bien la preuve : plus on attaque Godzilla avec des armes puissantes, plus sa riposte est violente.

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En revanche, lorsque les scientifiques ont fini de travailler et que le savoir est mis en commun, alors une alternative effective peut être trouvée (une solution chimique qui neutralise la structure génétique de l’animal). Ici réside donc l’éloge de la démocratie dans ce film : la mise en commun et l’organisation des ressources l’emportent sur les manigances politiques et la force brute, qui permettent aux américains d’envoyer leur B-2 et leur M.O.B inefficaces, sauf pour déclencher la fureur de la bête qui rasera la ville dans une séquence apocalyptique douce amère, dont la partition musicale constitue l’une des clés de voute émotionnelle et narrative du récit.

Quelle étrange vision du monde animal ont toutefois les société modernes et organisées! Pourquoi continuer à envoyer des bombardiers  alors que l’armement conventionnel ne fonctionne pas sur l’animal ? Lui fournir des gadgets sexuels, ou encore mieux, lui trouver des partenaires sexuels adéquats préalablement munis de moyens contraceptifs, histoire que la famille ne s’agrandisse pas ! Voilà qui eut été une stratégie plus efficace face à pareille force de la nature ! Attirer Godzilla vers Fukushima aurait été aussi préférable ! L’animal y aurait alors coulé des jours heureux, mâchouillant des morceau de M.O.X. Oui le M.O.X, Mixed OXides, ce combustible nucléaire de synthèse, exclusivité made in France grâce à Areva (cocorico!), à l’espérance de vie et à la radioactivité si élevées qu’après l’événement de Fukushima, certains murmuraient à l’époque que le droit international pouvait permettre à ses voisins d’envahir le Japon en raison de sa radioactivité trop élevée (en même temps, envahir un pays radioactif, encore faut-il y trouver un intérêt). Ah, le M.O.X, dont l’uranium appauvri qui le compose à 91,5% sert également à fabriquer des munitions à effet aérosol très efficaces en matière de perforation, mais avec des effets secondaires préoccupants pour l’organisme humain! La société humaine aurait pu donc ici trouver d’autres stratagèmes bien plus utiles pour attirer l’animal hors des zones urbaines.

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Après tout, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme, car la nature a horreur du vide. L’animal, né et ayant grandit en consommant des déchets nucléaires aurait trouvé en la défunte centrale des mets de premiers choix! Godzilla comme recycleur naturel des déchets de Fukushima, la fiction est plus séduisante que la réalité : dans cette dernière, la société en charge de la centrale, TEPCO, a tenté de nettoyer la merde tant bien que mal en sous-traitant le nettoyage post tsunami via les yakuzas et des travailleurs précaires, sa majesté humanité n’étant pas encore capable de produire les technologies suffisantes pour évoluer dans l’environnement cauchemardesque de Fukushima (comme à l’époque de Tchernobyl). Comme quoi, le glouton Godzilla, friand consommateur de déchets nucléaires, aurait donc bien sa place dans notre biosphère. La nature enverrait-elle ici un petit coup de pouce à l’humanité concernant le recyclage des déchets nucléaire ?

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A propos de Tchernobyl justement ! L’immense succès de la mini-série de H.B.O ne nous laisserait-il pas un indice concernant le lieu où se déroulerait une éventuelle saison deux des mini-séries sur les catastrophes nucléaires?

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Interstellar, un film de Christopher Nolan (2014)

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Ce qu’il y a de bien dans le dernier film de Christopher Nolan, c’est sa dimension à la fois écolo et bien-pensée: le métrage n’a couté que la somme de 165 M USD, donc modique face aux records de budgets au cinéma,  et il dépasse le million d’entrées en France lors de sa première semaine d’exploitation. Interstellar coute moins cher par rapport aux principales sorties mondiales avec lesquelles le cinéma nous fait rêver. Avatar avait couté 250 M USD, Dark Knight entre 185 et 235 M USD, Interstellar, ne dépasse même pas la barre des 200 M USD et se révèle être un divertissement particulièrement brillant qui fait habilement réfléchir. Une quintessence de cinéma en quelque sorte.

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Le dernier Nolan narre l’histoire se déroulant très vraisemblablement durant la fin XXIème du siècle d’un ancien pilote de la NASA, Cooper, devenu agriculteur.

vlcsnap-2014-12-23-11h40m12s68 vlcsnap-2014-12-23-11h37m16s111Réorientation professionnelle ostensible car la terre est épuisée et polluée, plus rien n’est cultivable ou presque. Les armées n’existent plus, parce que tout le monde est en train de crever lentement et n’a donc plus l’énergie et le temps de faire la guerre pour gagner du pognon.

vlcsnap-2014-12-23-12h01m38s110Nous avons trop consommé, nous avons été trop frénétiques et nous nous éteignons lentement, épuisés. Telle est la ritournelle orchestrée par le contexte du monde tel qu’il est ici mis en scène. Il s’agit d’une analyse lucide et réfléchie en regard du mode de vie des humains de notre époque, alliant multiplication et surconsommation.

vlcsnap-2014-12-23-12h01m30s54Cooper, par le biais de phénomènes étranges observés par sa jeune et douée fille répondant au nom étrange de Murphy, se retrouve au NORAD, un ancien organe de défense essentiel au gouvernement américain et capable d’envoyer des ogives partout sur la planète.

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Cooper se voit alors confier la mission de la dernière chance par d’anciens potes astronautes et astrophysiciens qu’il retrouve sur places en compagnie de robots multitâches assez drôles qui rappelant le monolithe de 2001. Il faut trouver une planète habitable, ou au pire déposer au bon endroit un pack d’œufs avec du bon ADN dedans.

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vlcsnap-2014-12-23-11h48m24s119 vlcsnap-2014-12-23-11h40m39s86Cooper est un mec vraiment à la cool, il sait faire plein de trucs, notamment piloter un vaisseau spatial comme un kart ou un avion de chasse lors d’un drill, le tout en apprenant à sa fille comment capturer un drone indien perdu en le pourchassant et le hackant à bord de son Dodge Ram (pick-up très populaire aux Etats-Unis).

vlcsnap-2014-12-23-11h42m51s133Séquence délicieusement américaine s’il en est, mettant donc en scène une Amérique rurale se battant pour des raisons de survie pure, où la fille de Cooper s’étonne qu’on essaye de capturer ce drone qui « ne fait de mal à personne ». Nous sommes loin du présent et de sa réalité, avec ses drones prédator, ses états-chasseurs et ses victimes collatérales. Cooper abandonne tout le monde pour partir accomplir sa mission, et affronter sa destinée.

vlcsnap-2014-12-23-11h54m14s53 vlcsnap-2014-12-23-11h38m39s153 vlcsnap-2014-12-23-11h37m16s111 vlcsnap-2014-12-23-11h37m03s214Interprété par LE mec du moment, Matthew McConaughey (au top depuis True detective), le film gagne évidemment en qualité. Matthew plait à toute la famille, l’homme idéal du moment. Mutation qui le fait se diriger vers des rôles plus matures et sérieux, voire carrément sombres, opposés donc que ceux qui l’avaient abonné aux rôles de minet simplet durant les années 90, hold tight!

vlcsnap-2014-12-23-12h04m44s226S’agissant ici d’un film d’espace, la comparaison avec Kubrick et son 2001 est donc évidemment possible et même ici pleinement assumée. Kubrick, lui, a tourné son Odyssée en 1968. Nolan œuvre en 2014, alors que de très nombreux changements ont été occasionnés par les progrès et les découvertes. A l’époque de Kubrick, on allait envoyer des gens sur la lune. A la notre, nous commençons à être capables de comprendre ce qui unit les différentes particules qui composent notre monde, mais nous n’envoyons pas plus de vaisseaux que cela dans l’espace parce qu’il faut bien l’avouer: cela coute très cher, les technologies sont peu partagées, et cela ne rapporte rien (pas de stock à écouler sur Mars ou Pluton). La conquête spatiale apporte un peu de fun de temps en temps, mais c’est tout. Pour résumer, au début du XXIème siècle, nous fonctionnons beaucoup comme au XIX siècle: nous guerroyons beaucoup, avec les moyens et les moeurs de notre époque et ce que cela entraine, l’exploration spatiale ne fait pas beaucoup rêver, alors qu’elle offre sa part de travail elle aussi, en matière de découvertes.

Interstellar propose pourtant une deuxième moitié de XXIème siècle en totale opposition avec la fébrilité du début du XXIème tel que nous le vivons actuellement avec son cortège de guerre, de luttes, ou la suprématie s’ordonne selon un règne presque animal en dépit des cortèges diplomatiques avec lesquels les nations nous abreuvent, et où l’épuisement des ressources et les risques de contamination sont des problèmes passés sous silence, ou presque.

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Le monde proposé par Interstellar est en effet d’une lucidité et d’un courage exemplaire pour un blockbuster américain. Oui, si on continue à surconsommer, on aura plus rien. La terre, si tu la cultives trop ou si tu fais n’importe quoi avec, elle t’envoie chier.

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Un tel discours, venant du pays qui consomme, et de loin, le plus d’énergies sur terre sans pour autant être l’un des pays les plus peuplé (loin de là), est un beau geste. Ou une manoeuvre gonflée, au choix.

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Mais peut-être un geste qui accompagne un ensemble plus grand, comme l’accord signé entre les Etats-Unis d’Amérique, et la république populaire de Chine. Accord censé lutter contre la détérioration de nos conditions de vie et lutter pour notre survie, car après tout c’est de cela dont il est question. De pollution.

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Accompagné d’un astrophysicien de renom, Kip Thorne, Nolan en vient au final même à mettre en scène la théorie des cordes à la fin du film, autre petit clin d’œil à 2001 et son épilogue étrange. Il fallait en tout cas y penser, chapeau. Inception était un gadget sur un simple plan du montage alterné parallèle et progressif, Interstellar, lui, est une œuvre mature, sage et réfléchie. Merci ô monsieur Nolan, vous qui siégez à Hollywood, de demeurer aussi clairvoyant lorsqu’il s’agit de créer un spectacle à grande échelle.

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Mais la comparaison avec 2001 est donc caduque:

Même si Stanley Kubrick travaillait avec la NASA, là où un des plus grands astrophysiciens de la planète a participé à l’écriture du scénario,

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même si le vaisseau de Matthew Mc Conaughey ressemble un peu à ceux de 2001, surtout quand il y a de l’orgue (et il y en a beaucoup, à toutes les sauces). Même si 2001 partait vers l’abstraction et l’inconnu à la fin. La comparaison s’arrête là.  Car malgré ces analogies et ces similitudes, nous ne sommes plus en 1968, c’est à dire il y a presque cinquante ans… 2001 l’odyssée de l’espace s’enfonce dans le temps, et ce malgré toute la minutie déployée par son auteur lors de sa réalisation, scientifiquement cela commence à se faire sentir. Il en est ainsi.

vlcsnap-2014-12-23-11h44m54s79 Nolan semble donc être aussi sage et appliqué que Kubrick dans sa façon de travailler : il s’entoure des meilleurs connaissances liées au sujet qu’il va exploiter. Certes, le découpage de son film n’est pas révolutionnaire comme a pu l’être celui de 2001 en son temps, mais Nolan travaille à Hollywood et n’est pas les frères Wachowsky quand il faut inventer des nouveautés en terme de mise en scène. Pragmatisme et réalisme semblent l’avoir guidé durant la conception de son film, grand bien lui en a donc pris, car le traitement est plus que satisfaisant.

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La musique n’est pas en reste non plus. Les fans d’Hans Zimmer seront heureux de profiter d’une partition bien pensée qui fait la part belle aux orgues et accompagne ou illustre très bien certaines séquences. C’est le cas lorsque nos protagonistes sont coincés sur la première planète, la planète pute, celle qui bouffe votre temps tout en vous envoyant des tsunami géants. Montains est un morceau très bien composé, dont la rythmique rappelant le son d’une horloge fonctionne d’une manière des plus efficace, soulignant la dangerosité du temps qui s’écoule durant ladite séquence. La BO d’Interstellar est donc elle aussi un gage de qualité, et s’écoute très bien en dehors du film.

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Interstellar est donc une belle œuvre poétique et contemplative, qui ne fera pas du tout ressentir les 2h49 à celles et ceux qui succomberont à son charme. On ressort du film avec beaucoup de questions à propos de l’avenir, de l’existence, et sur le fait de vivre au sein d’une société humaine constamment en devenir, faisant ainsi d’Interstellar un film quasi indispensable.

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Tentative d’approche morale de Zero Dark Thirty (Kathryn Bigelow, 2012)

vlcsnap-2014-06-09-17h12m40s223Tout aura été dit ou presque sur le dernier métrage en date de Kathryn Bigelow, il faut dire aussi que le sujet s’y prête. Il y est en effet question de la traque de ancien l’ennemi numéro 1, Oussama Ben Laden (UBL, pour les intimes), qui sert aujourd’hui de repas pour les petits poissons au fond de la mer. La conduite des doctrines à observer, la réflexion, la patience, la traque, le changement et la métamorphose sont ici autant de thèmes qui s’incarnent dans une construction brillante sous la forme d’un récit long et tortueux relatant la localisation, la traque puis le « retrait » de ben Laden.

vlcsnap-2014-06-09-17h12m06s144Richement documenté, le métrage reproduit à priori fidèlement le fil des événements secrets à partir de « first hand accounts »… Que faut-il y comprendre ? Que Bigelow a serré un mec super important des services de renseignements américains et qu’elle s’est ainsi grassement servie en matière de renseignements?

vlcsnap-2014-06-09-20h53m06s118Ou que les services de renseignements américains ont sciemment permis la réalisation d’un film aussi fidèle que possible à la réalité des faits ? Trêve de questionnements, et de plaisanteries, le dernier métrage en date de Bigelow, narrant les manœuvres majeures de l’espionnage américain survenues, une fois les tours du World Trade Center réduites en miettes et en cendres, est une profonde réussite.

vlcsnap-2014-06-09-23h19m07s190Le combat des Etats-Unis d’Amérique contre un certain islamisme n’est au fond rien d’autre que le reflet du virage géostratégique raté par la nation américaine au sortir de la guerre froide avec l’URSS, le pays de l’oncle Sam se montrant, à priori, incapable de gérer les ennemis barbus qu’il avait contribué à créer pour aller bouter les soviétiques hors d’Afghanistan, à l’inverse d’un Poutine en Tchétchénie (même si celui-ci a usé de méthodes plus… rustiques et que ledit terrorisme s’est déplacé ailleurs en Russie). Les ennemis russes, eux, étaient très facilement logeables, mais très difficiles à tuer. Les chefs terroristes islamistes, eux, occupent une position radicalement inverse: très difficiles à localiser, ils sont très simples à tuer. Zero dark Thirty illustre parfaitement cet état de fait: il faut des années et d’énormes sacrifices pour localiser un seul homme: l’assassinat de Jennifer Lynne Matthews, légende vivante de la CIA, dans la base militaire américaine de Chapman en Afghanistan par une source défectueuse en est l’exemple le plus flagrant, et le plus dramatique.

vlcsnap-2014-06-09-18h00m21s143Après ces années de recherches quelque peu teintées d’errements et de désespoir, il ne faudra que quelques dizaines de minutes pour retirer le vilain de la liste des vivants.

vlcsnap-2014-06-09-23h05m21s12Il est à ce propos étrange qu’une capture n’ait apparemment pas été envisagée et préférée à une exécution pure et simple. Car après tout, le procès de Nuremberg avait été un symbole extrêmement fort pour mettre en lumière la barbarie de l’idéologie nazie, un symbole autrement plus fort qu’un bon vieux barbouzage des familles. Cela nous amène donc à nous interroger sur les motivations des chefs américains dans le choix de capturer UBL plus mort que vif, et sur ce qui a poussé les autorités américaines à se priver de ce qui aurait sans douté été une source de renseignements (et idéologique) considérables, mais ceci n’est pas le sujet du métrage de Bigelow…

vlcsnap-2014-06-09-17h21m25s82Zero dark thirty repose presque entièrement sur son personnage principal, Maya, jeune analyste de la CIA qui symbolise le cheminement moral de son pays tout au long de son périple. Ici, incarnée sous la forme d’une jolie rousse particulièrement atypique dans son comportement.

vlcsnap-2014-06-09-23h27m28s66Elle pourrait, et sans problèmes aucuns, entendre chanter sous sa fenêtre quantité importante de roucoulants coqs et autres volatiles dispensables. Mais il n’en est rien. Maya n’a presque pas d’amis, à peine des collègues, pas de mec. Elle ne baise même pas.

vlcsnap-2014-06-09-17h58m58s108Elle va parfois au restau avec sa pote qui se fait buter sur la base de Chapman et s’engueule avec environ 95% des individus mâles qui composent son environnement social.

vlcsnap-2014-06-09-18h00m57s12Elle ne vit au fond que pour retrouver UBL, mais au final, elle ne ressent rien, elle ne pense à rien d’autre, comme victime d’un syndrome profond d’obsession. En psychiatrie clinique, ces quelques symptômes pourraient s’apparenter à la psychopathie, maladie rendant parfois compliqués les rapports humains.

vlcsnap-2014-06-09-17h51m01s202Incarnée par la flamboyante, divine, magnifique, sublime et splendide Jennifer Chastain: la rousse la plus superbe de l’histoire du cinéma avec Rita Hayworth et Audrey Fleurot.

vlcsnap-2014-06-09-17h08m49s223le personnage de Maya, sa lente transformation, son vidage substantiel, devenant ainsi lentement un monstre froid et vide est l’évidente métaphore de l’Amérique post 11 Septembre.

Hypothèse difficilement réfutable quand on s’attarde sur le parcours de la jeune protagoniste tout au long du film: mal à l’aise quand elle débarque en tailleur à son premier « interrogatoire », et qui finira finalement violente, distante, hautaine et conne avec tout le monde, y compris les gars qui iront pourtant risquer leur peau pour aller finir le boulot qu’elle a commencé, et ce malgré « leur équipement de merde et leurs velcros ».

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Exactement comme le Farenheit 9/11 palmisé de Michael Moore, le film s’ouvre sur un écran noir dont la bande-son n’est rien d’autre que l’extrait de diverses conversations téléphoniques des personnes prise au piège des tours en flamme. Mais la comparaison avec le brulot du plus enragé des documentaristes américains s’arrête là, car Zero Dark Thirty suit en effet sa propre voie.

vlcsnap-2014-06-09-16h57m41s175La scène d’introduction du film, qui nous plonge dans l’atmosphère suffocante du film via la première séance d’interrogatoire est impressionnante et mémorable, tant le décalage est important entre la tenue de Maya et ce qui va se passer. On doit pour cela beaucoup au toujours excellent Reda Kateb, qui parvient à nous émouvoir juste en enserrant une bouteille de jus de fruits dans ses mains.

vlcsnap-2014-06-09-17h18m14s228Maya hésite, s’inquiète quand Dan, son partenaire, l’interpelle pour aller saisir la carafe nécessaire au bon fonctionnement de la séance de water boarding. Plus tard, ce sera elle qui n’aura plus aucune hésitation alors que son copain Dan connaitra des interrogations morales et préfèrera retourner à Washington « faire des trucs normaux ».

vlcsnap-2014-06-09-17h47m23s61Cette brève analyse nous permet donc de balayer les accusations affirmant que Bigelow produirait seulement un cinéma réac. Il n’en est donc absolument rien, seuls les journalistes à la petite semaine et les analystes au cerveau de protozoaire sont capables de penser le contraire. Katryn Bigelow produit  un cinéma bien plus subtil et riche que ce qui a été dit. Une femme qui révolutionne le cinéma de guerre, voici bien la meilleure chose qui pouvait arriver à ce genre de film! Hollywood reste donc bien remplit de divines surprises.

Katryn Bigelow est actuellement la réalisatrice la plus intelligente, mais aussi la plus humaine, quand il s’agit de dépeindre le monde de la guerre contemporaine, aussi stupides et ineptes soient les conflits qu’elle dépeint, comme par exemple celui de l’invasion irakienne dans Hurtlocker. On pourrait gloser sur le fait qu’humaniser la guerre contient certainement sa dose d’effets pervers, cela est sans doute vrai aussi, mais nous préférons ce cinéma à celui, plus propagandiste, dont le cinéma américain a toujours été fécond.

greenberetsMontrer la barbarie en l’expliquant par la faiblesse, la tristesse et l’obsession d’un personnage incarnant sa nation? Zero Dark Thirty contient donc, malgré l’humanité fragilisée de Maya, sa part d’ambivalence et d’ambiguïté.

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La séquence finale, celle de l’assaut, en est un peu la conclusion de cette position particulière: elle est un monument de sauvagerie contrôlée, de barbarie froide, et se prête bien plus que tout à la polémique et à la réflexion que le babillage et les diverses rodomontades intellectuelles qui ont été proférées lors du débat sur l’emploi de la torture par les USA.

vlcsnap-2014-06-09-22h23m46s251Car cette séquence dévoile la réalité de ce que peut être un certain type d’opération militaire, lui aussi pratiqué par tout le monde: on se déploie, on détecte, on décide ou on doit engager, on applique son feu, on neutralise, on achève pour sécuriser. Point. A titre personnel, ce passage est un des plus grands moments de violence auquel j’ai pu assister au cinéma. Pas de blessés ou presque. Point.

vlcsnap-2014-06-09-22h40m07s83Là pourtant c’est une démocratie qui agit, certes il y a des cas de force majeure, mais cette séquence, ajoutée à la torture mise en scène dans le film font que Zero Dark Thirty reste un des films les plus glaçants de ces dernières années, et ce malgré son approche si « humaine ».

vlcsnap-2014-06-09-17h30m06s182La critique des lois votées par le gouvernement Bush et ses successeurs, le comportement « post 9/11 », l’éthique, les méthodes des services de renseignement, d’espionnage, de contre-espionnage ainsi que celles des sociétés privées gravitant autour de ce pôle d’activités ont été critiqués pour diverses raisons par bien des gens, et le film de Bigelow reste malgré tout le parfait écrin pour ce type de contestation.

vlcsnap-2014-06-09-16h55m52s95Mais ce débat et les polémiques suscitées sont au fond caduques, car il est ici question de l’emploi de la torture, cette chose aussi vieille que l’humanité, pourtant décriée par de grands penseurs (comme ce fut le cas pour Montaigne), et qui place l’être humain dans une position étrange: celui d’un pauvre animal ou d’une chose pour celui qui la subit, et la position étrange d’un démiurge cruel pour celui qui l’applique…

vlcsnap-2014-06-08-10h27m48s41Selon certains experts, elle est inefficace, car elle pousse souvent celui qui la subit à raconter très vite n’importe quoi, titillé plus que de raison par les impulsions de son système nerveux, la trivialité des méthodes usitées en la matière poussant effectivement n’importe qui à être capable très rapidement de chanter la marseillaise en javanais ou en dialecte chinois. Elle peut en outre être facilement contrée par les organisations qui, en terme de renseignements, pratiquent efficacement l’intoxication, la fragmentation des informations sensibles en compartimentant avec brio le partage des données les plus sensibles.

vlcsnap-2014-06-09-20h36m51s84L’efficacité de la torture est donc tout à fait discutable, même si elle confère certainement un sentiment de toute puissance et d’emprise à celui qui la pratique… Elle est davantage un instrument de terreur que de renseignement à proprement parler, surtout quand son usage est rendu public… Par ailleurs, toute puissance torture ou presque, un empire n’étant rien d’autre qu’une nation soumettant d’autres nations, avec les moyens diligents et parfois peu cavaliers que cela entraine. Ceci est un fait attristant, mais réel… Car si la torture peut, dans l’urgence, résoudre à très court terme des situations critiques, la meilleure méthode de collecte de renseignements, souvent concurrencée par le R.T (renseignement technique), reste le R.O.H.U.M (renseignement humain), le mieux étant que la source ne soit même pas consciente qu’elle renseigne. Mais cela demande un tout autre doigté que la terreur, les black sites, la contrainte et le water boarding…

vlcsnap-2014-06-09-17h05m42s119On réalise en tout cas que la formation de personnels de la C.I.A par l’armée française lors de la guerre d’Algérie via nos Jacques Bauhère à gégène a porté ses fruits.

vlcsnap-2014-06-09-17h42m31s198L’institutionnalisation des méthodes de torture ou « pressions physiques volontaires et graduées » à grande échelle, avec un relais médiatique conséquent, telle que cela a été pratiqué par les États-Unis d’Amérique est peut-être plus choquant que l’usage de la torture en lui-même, parce que les États-Unis d’Amérique sont une démocratie, même si cette démocratie a parfois tendance à prendre le monde pour son jardin, tant sa politique extérieure et sa vision du capitalisme sont parfois extrêmement agressifs. Si ce pays avait été une sinistre dictature militaire, théocratique, un autre régime stratocratique ou totalitaire, la chose aurait été hélas anodine, mais elle l’est ici moins, et c’est cela qui tache. Surtout pour l’européen que je suis et qui avait toujours été plus habitué à l’image des américains débarquant sur leurs tanks et offrant des chewing-gums aux français libérés des nazis. A une époque ou celui qui perd la « bataille » des « images » perd en général la guerre, ça ne pardonne pas…

vlcsnap-2014-06-09-23h08m06s227Une fois l’opération Neptune’s spear accomplie, tout le monde rentre donc à la maison, Maya reste prostrée devant le cadavre criblé de son ennemi, puis se met à chialer dans l’avion qui l’amène on ne sait où.

vlcsnap-2014-06-09-23h33m07s138Ca y est, tout est finit, elle n’a plus rien à faire, car la question se pose longtemps après le visionnage du film: que va-t-elle faire et devenir ?

4428705_6_c895_l-une-des-deux-seules-photos-d-abou-bakr_a163e456527aa2aba539e6ddefae735bNul ne le sait, même si la situation géopolitique des USA et la formation de nouvelles constellations islamistes peuvent nous aiguiller vers des réponses plus que plausibles, on ne peut présumer en rien de ce qu’il va advenir de la belle Maya, même si du boulot s’annonce à l’horizon…

600px-ShababFlagElle devrait simplement me filer son 06… Fonder une famille et être heureuse tout en poursuivant son illustre métier!

vlcsnap-2014-06-09-17h59m36s230Métrage beaucoup plus humain et intelligent qu’il n’y parait pour celui ou celle qui voudra bien se pencher dessus avec un peu d’attention, Zero dark thirty apporte un peu de fraicheur à propos des événements les plus sombres de notre jeune siècle, et ce malgré l’histoire qu’il raconte et la rudesse de son traitement. Nous attendons avec impatience la suite de l’œuvre de madame Bigelow!

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Welcome to New-York (Abel Ferrara, 2014)

vlcsnap-2014-05-26-13h37m51s85Voici un énième film à buzz! Pour ne pas changer… Fruit de la rencontre entre Abel Ferrara, légende trash du cinéma des années 80, autant connue pour ses frasques et ses addictions diverses que pour la damnation parfois mêlée à la rédemption caractérisant ses (bons) films, et Vincent Maraval, producteur français entreprenant et couillu, l’un des rares à jeter un pavé dans la mare concernant le mode de fonctionnement d’un certain cinéma français, celui que l’on aurait appelé le « cinéma de papa » si nous avions été au temps de la nouvelle vague.

De cette rencontre entre deux entités peu anodines voire sulfureuses de la galaxie du cinéma nait un métrage dont le sujet lui-même est plus que polémique et sulfureux au possible, dans la mesure où il narre la mise au jour des turpitudes sexuelles d’un des (anciens) princes de ce monde, en la personne de Dominique Strauss Kahn, ancien boss du F.M.I et plausible candidat à la dernière élection présidentielle française.

vlcsnap-2014-05-26-13h15m54s231Affirmons le d’emblée, la force première de ce métrage, c’est Gérard Depardieu, tant l’acteur déploie un pouvoir d’incarnation saisissant, confirmant s’il en était besoin que notre exilé moscovite préféré est un des meilleurs acteurs du monde.

vlcsnap-2014-05-26-13h24m41s114L’acteur fait en effet totalement don de son corps afin que les pulsions dangereusement obsessionnelles de son personne offrent un spectacle étrange d’orgies inscrivant le dernier film de Ferrara dans le registre du sexe bizarre au cinéma, là où croupissent les corps martyrisés de Salo ou les 120 journées de Sodome, d’Irréversible ou bien encore de certains films de Catherine Breillat.

vlcsnap-2014-05-26-13h23m22s101 On savait que Depardieu savait utiliser son corps comme personne d’autre au cinéma, tant la manière qu’il a de l’offrir est un cadeau à la caméra, un don total donc, dont très peu d’acteurs et d’actrices sont capables, et de rayonner de façon solaire à travers ce don, tant son corps occupe le cadre, l’espace et l’histoire.

vlcsnap-2014-05-26-13h27m32s45On peut donc repenser ici au cinéma de Marco Ferreri, surtout La dernière femme. Depardieu incarne ici une obsession boulimique et malsaine qui force son personnage à consommer les corps le plus rapidement possible comme si sa vie en dépendait, au lieu de les savourer et de prendre véritablement le temps de l’érotisme et du sexe…

vlcsnap-2014-05-26-13h18m15s98L’ensemble donne parfois une dimension comique, surtout lorsqu’il nous est donné de contempler le visage ébahi de l’acteur en plein head-fucking, nous gratifiant de couinements psychotiques, transformant cette séquence en celle de head fuck la plus délirante de l’histoire du cinéma.

vlcsnap-2014-05-26-13h21m27s226Le rôle est difficile, car incarner un personnage de la stature de DSK n’est pas une mince affaire, et endosser l’histoire qui fut sienne encore moins. La longue séquence de déshabillage une fois en prison en est le parfait exemple: éprouvante, longue et minutieuse, l’acteur s’y soumet pourtant sans broncher.

vlcsnap-2014-05-26-13h42m13s152Gargantua insatiable dans la chambre duquel défilent de nouvelles escorts alors que les autres repartent, abonné aux corps devenant flasques, fatigués de sexe, de teuf et de coke. Devereaux est l’écrin parfait pour Depardieu et sa démesure.

vlcsnap-2014-05-26-13h36m48s218On a reproché à la forme du film d’être soporifique, ou de ressembler un téléfilm. La photo offre pourtant parfois une lumière verticale du plus bel effet. Le découpage sobre et classique, offre par moments de beaux travellings ou de beaux zooms. Ferrara filme même très bien les couloirs (!), utilisant à chaque fois la bonne focale, et nous propose un découpage satisfaisant, sans être pour autant à la hauteur de ce dont il était capable lorsqu’il était à même de côtoyer les sommets de son art. Nous sommes en tout cas loin de cet épouvantable navet empreint de spiritualité bobo-New Age que fut le pathétique 4:44 Last day on Earth, le seul film de l’histoire du cinéma coupable de proposer des mouvements branlants et saccagés alors qu’ils sont tournés à la dolly sur un sol plat et en intérieur.

vlcsnap-2014-05-26-13h21m39s112Si le film dérange grandement, c’est peut-être parce qu’il dépeint la vie et la nature de celui qui fut un des hommes les plus puissants de ce monde, mais également le spectacle de la caste sociale la plus dominante du monde contemporain, offrant au spectateur la vision d’une élite puissante et riche, à même de se payer défonce, putes et hédonisme à volonté. Gageons que le film ne devrait pas encourager les prolos smicard qui ne peuvent même pas payer une sortie à la fille qui leur plait d’aimer davantage les élites de ce monde.

vlcsnap-2014-05-26-13h22m43s228La première demi-heure est peu longue, on s’enlise dans d’interminables scènes de sexe, les courtisanes s’enchainant dans la suite de notre homme et, plus ennuyeux, on sent chez Ferrara la volonté d’aller plus loin dans la représentation du sexe l’écran, comme s’il fantasmait sur le porno, sans oser toutefois s’y glisser et s’y essayer. Comme au fond bien d’autres auteurs contemporains: Lars von Trier en tête, qui déploie des trésors de trucages numériques et autres maquillages pour une restitution visuelle quasi parfaite de ce qui reste un simulacre de fornication. On veut flirter avec le X, mais on a peur d’entrer dans cette catégorie, tout cela est au fond bien prude et ironique de la part de ces réalisateurs. Surtout à une époque où le sexe, à force d’exposition médiatique, change de stature sociale et peine de plus en plus à choquer.

N’est donc pas Nagisa Oshima ou Catherine Breillat qui veut…

Une certaine presse et les protagonistes principaux de l’histoire ont accusé le film d’être anti-banquier (ce qui à notre époque relève davantage de la vertu cardinale qu’autre chose) mais, fait beaucoup plus ennuyeux, d’être antisémite…

vlcsnap-2014-05-26-13h13m31s77Qu’en est-il vraiment ? Il est vrai que la séquence d’introduction de la femme de Devereaux dépeint une soirée où l’attachement de cette dernière à Israël est mentionné. Le fait de mentionner ce pays apporte-t-il quelque chose à l’histoire ici narrée ? Nous en doutons fortement… La très grosse ambiguïté autour de l’argent et des juifs qui achève de transformer ce film « provocateur » en film « très sulfureux », n’est pas aidée par les piteuses explications du réalisateur à ce propos, Ferrara déclarant à l’AFP le Dimanche 22 Mai « qu’il a été « élevé par des femmes juives » (peut-être que cela rend antisémite ?), et « qu’il n’espère pas être antisémite ». Étrange, en général on arrive à savoir assez précisément qui sont les gens que l’on aime, et ceux que l’on n’aime pas… A l’heure où l’on tue à côté du musée juif de Bruxelles (semble-t-il pour des motifs antisémites, l’enquête de police n’étant pas encore bouclée à l’heure où nous écrivons ces lignes), où l’on « ratonne » deux hommes juifs à Créteil, Welcome to New-York, film « sulfureux » donc, jette de l’huile sur le feuj entretient un climat délétère et nauséabond dont personne à la direction de ce film ne sort grandit.

tyjicm4oLjGCBCDEY3fEsL4U2nUTout provocateur et sulfureux qu’il est, le dernier métrage de Ferrara reste tout de même juridiquement très prudent si l’on se réfère au (long, très long) texte du début, qui semble être là pour préparer une éventuelle défense juridique, au cas où… Y aurait-il de la fausse subversion dans l’air?

vlcsnap-2014-05-26-13h06m50s132Avons-nous donc là uniquement un film à charge contre DSK ? Apparemment non, si l’on se réfère au générique définitivement orienté contre le système financier. Pour ceux et celles qui ignorerait tout des protagonistes de l’histoire et des tribulations auxquelles ils ont été confrontés, le film de Ferrara ne serait rien d’autre qu’un film sur un obsédé psycho-pathologique. L’impact du film serait-il le même s’il prenait pour personnage principal un inconnu du grand public ou un pur personnage de fiction? Peut-être pas.

vlcsnap-2014-05-26-13h39m31s81Quelle est la symbolique du plan sur l’homme noir à la fin de la première audience ? Renvoie-t-elle à la souffrance du peuple noir dans l’histoire des USA? A l‘oppression subie par une femme de chambre noire prolétaire agressée sexuellement par un banquier blanc juif et sioniste ? Les longs silences de confrontation entre Devereaux et ses codétenus lors de la première incarcération résonnent dans le même sens: celui d’une revanche d’un prolétariat américain promu à la misère et à la vindicte d’une justice américaine connue pour haïr les pauvres. Le film de Ferrara est-il conçu comme une revanche contre l’élite mondialisée ? Si tel est le cas, pourquoi teinter son film d’antisémitisme en l’affublant d’âneries aussi navrantes à propos du père du personnage de Catherine Bisset ? Un tel discours de fond de chiottes est indigne du grand réalisateur qu’est (fut ?) Abel Ferrara…

vlcsnap-2014-05-26-13h23m54s162Pauvre Nafissatou, si elle avait eu une formation en self-défense, rien de tout cela, ou presque, ne serait arrivé.

vlcsnap-2014-05-26-13h25m32s124Et la vérité dans tout ça ? Dialo est-elle une opportuniste qui a flairé un bon coup pour se faire du bif sur le dos d’un gros bourge ? Comme semblent confirmer les enregistrements téléphoniques qui discréditèrent sa réputation de témoin-victime face à la justice américaine ? Qui est vraiment DSK ? La victime d’un coup monté ? Repensons au sketch de Stéphane Guillon, le dépeignant en gros libidineux qui ferait passer Rocco Siffredi pour un moine franciscain dépressif atteint de paralysie faciale (faciale, sans mauvais jeu de mot, bien sur). Repensons à la réaction de DSK lors de ce sketch: l’homme est apparemment très vexé et profondément irrité par les racontars de l’ancien histrion de France Inter, comme si ce dernier touchait quelque chose de sensible, de très sensible, et ne relevait pas forcément de l’ironie fictionnelle… La morale, vaseuse et obscure, de cette histoire correspond bien à notre époque, où bien et mal disparaissent derrière l’hypocrisie et les inénarrables discours de ceux à qui cela déplait. N’oublions pas non plus que le « troussage de domestique » est un viol, n’en déplaise à Monsieur Kahn et à ses amis…

Quelle solution pour DSK s’il voulait vraiment s’en sortir ? Se mettre au porno tout simplement. Il y assumerait pleinement ses penchants pour la chair et la consommation excessive qu’il fait de cette dernière. Un ancien patron du FMI devenue star du X, après tout pourquoi pas. Ca aussi, ça ferait le « buzz ».

dsk-obama-michelle L’unique avantage proposé au fond par la dernière production de Maraval est d’utiliser le brouhaha médiatique pour faire la promotion de la VOD, moyen de diffusion qui, s’il est utilisé avec intelligence et honnêteté, permettra peut-être à certains films, et certains réalisateurs, de pouvoir diffuser leurs travail en échappant à la censure du système de production et de diffusion traditionnels, trop souvent synonymes de restriction. C’est en cela le seul espoir véritable qui se dégage de Welcome to New-York.

Au delà du choc de la polémique, de l’originalité du sujet (la chute teintée d’autodestruction de celui qui fut l’un des hommes les plus puissants de la planète), Welcome to New-York est un film qui correspond bien à notre époque où plaisir, argent et pouvoir semblent être des facteurs d’immunité et d’acceptation sociale absolue, si l’on observe le parcours de DSK, qui semble timidement, ou sournoisement, effectuer un retour à la vie publique. Le dernier Ferrara n’est au fond rien d’autre qu’une histoire profondément immorale, correspondant bien à un monde, lui, de plus en plus amoral

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De l’isolement et la vengeance: Kohlhaas et Rambo.

De l’isolement et la vengeance: Michael Kohlhaas (Arnaud des Pallières, 2013) et First blood (Ted Kotcheff, 1982).

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Peu de choses rapprochent à première vue le dernier film en date du réalisateur français Arnaud des Pallières, cantonné jusqu’alors à un cinéma plutôt intellectuel voire cloisonné, et un film américain plus ancien, First Blood réalisé par Ted Kotcheff, transformé petit à petit en symbole qui dévorera le message premier qu’il véhiculait lors de sa sortie.

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Michael Kohlhaas, un film d’Arnaud des Pallières (2013)

Cévennes, Sud de la France, 16ème siècle, Michael Kohlhaas est éleveur de chevaux, mari aimant, aimé en retour, également père heureux.

vlcsnap-2014-04-24-17h06m59s143Sa destinée va fortement s’assombrir quand, se rendant à une foire aux chevaux, il est abusé par un jeune noble qui blesse grièvement son valet et martyrise ses animaux.

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Alors victime d’un déni de justice, sa plainte se perdant dans les méandres du népotisme, l’homme n’en démord pas et décide de se rendre auprès de la princesse de la région afin d’obtenir audience et bonne réception de sa plainte. Judith, sa femme, tente de l’en dissuader et part à sa place, elle y perdra accidentellement la vie, victime de la brutalité d’un garde.

Commence alors une vendetta qui se transformera petit à petit en guerre, réduisant la région en cendres et faisant trembler sur ses bases le pouvoir en place.

vlcsnap-2014-04-29-00h04m49s207Arnaud des Pallières était désireux d’adapter le texte du romantique allemand Heinrich von Kleist depuis 25 ans! Preuve, s’il en est, que l’obstination, parfois, paye. Des Pallières signe ici un beau film, pourvu d’images souvent sombres, mais nanties de belles couleurs et à la photographie mystérieuse parfois sertie de clair-obscur tout à fait délicieux au regard.

vlcsnap-2014-04-24-17h04m25s118Le casting est doté d’une très belle distribution, on sent que le moindre figurant a été longuement casté.

vlcsnap-2014-04-29-00h09m10s244Les lieux, simples et épurés, sont un parfait écrin pour le récit fortement empreint de drame que nous conte le réalisateur.

vlcsnap-2014-04-29-00h06m32s203Le film laisse apprécier de beaux chevaux, et quantité d’autres choses également très esthétiques, mais aussi une chose beaucoup plus rare au sein du cinéma français: un mixage audible, surtout inventif et efficace, qui sert souvent à merveille les intensions dramatiques du récit.

vlcsnap-2014-04-29-00h25m57s80La forme est donc maitrisée, des Pallières ayant fait le choix d’un certain minimalisme, d’autres affirmeraient pourtant ascétisme. Le découpage est en tout cas simple mais d’une efficacité redoutable, se concentrant avant tout sur les émotions souvent fortes des protagonistes qu’il accompagne, comme en résulte la multitude de gros plans sur les différents personnages du film, véritable album de « gueules ». Loin d’être pour autant statique, le découpage propose donc certains mouvements de caméras qui soulignent à merveille les intensions des personnages, comme c’est le cas du panoramique qui accompagne la princesse en train de se relever après avoir parlé avec la fille de Kohlhaas, lors de leur première rencontre.

vlcsnap-2014-04-29-00h13m41s156La réalisation sait aussi tirer sa puissance des décors naturels dans ce qu’ils peuvent avoir de plus sauvage, laissant éclater une beauté qui se mélange donc à merveille avec la violence des émotions des personnages.

vlcsnap-2014-04-24-16h25m06s58L’obscurité caractérise souvent la mise en scène, notamment lors de la prise du château du Junker von Tronka, où le chaos de la guerre à l’épée et à l’arbalète altère toute perception visuelle, impression renforcée par un montage très cut qui ne laisse aucune possibilité visuelle à l’action physique pour se développer à l’écran. Nous sommes donc là aux antipodes du cinéma d’action, et c’est ce qui rend Michael Kohlhaas unique en son genre pour ce qui est des questions de représentation de la violence et de l’action au cinéma.

vlcsnap-2014-04-24-16h26m35s204Même si la narration et l’image sont parfois gênées par d’énervantes micro-ellipses passant parfois davantage pour des faux-raccords, le film de des Pallières reste emplit d’une beauté sauvage et entière. L’ensemble renvoie évidemment de façon lointaine au guerrier de Valhalla rising, cela s’expliquant évidemment par la présence de Mads Mikkelsen au casting. Mais il n’est pas du tout sur, après tout, que des Pallières ait visionné la filmographie de Nicolas Winding Refn.

La musique, à l’orchestration sobre et discrète, se fait rare tout au long du film, mais apporte une tension dramatique supplémentaire chaque fois qu’elle se fait entendre, et elle apparait en général au bon moment… L’introduction du film accompagnée ainsi par des tambours à la fois martiaux et discrets aurait été beaucoup moins forte sans cette utilisation de ce type de musique. La composition bipartite, formée à la fois par l’orchestre baroque de Les witches et les sons électroniques de Martin Wheeler, propose donc un panel éclectique de musiques, alliant BO et véritables partitions d’époques, forme une bande son très travaillée et transforme le film en odyssée sonore des plus agréables à écouter.

vlcsnap-2014-04-24-16h30m49s203Le casting compte donc quelques perles, Christian Chaussex en est une. Campant parfaitement un régisseur suintant la brutalité dans le moindre de ses gestes, jouissant de sa position de nervis des puissants, il connaitra une fin amplement méritée, à la mesure de l’existence qu’il a mené…

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vlcsnap-2014-04-29-00h14m53s69Jouant une princesse manipulatrice, Roxane Duran livre également une superbe prestation en femme de pouvoir machiavélienne, au sens premier du terme, tant sa définition du pouvoir, mélangeant amour et crainte que l’on inspire se rapproche du virtu et fortuna du Prince. La séquence où elle apparaît pour la première fois étant de plus fortement teintée d’érotisme, quand elle surprend Kohlhaas cul nu dans son bain, on sent alors un désir certain chez cette femme, désir feint pour mieux gagner la confiance? Quelques soient ses motivations profondes, le personnage dépeint de la sorte demeure également une grande force du film.

vlcsnap-2014-04-29-00h12m04s210Ce métrage est le résultat d’un long travail, que chaque élément qui le compose semble être le fruit d’une longue et mure réflexion. L’improvisation ne semble pas avoir eu sa place dans Michael Kohlhaas… On ne peut donc que saluer le travail, le sérieux et l’application du réalisateur sur ce film.

Qu’en est-il pour le passage du texte au film ?

Des Pallières entretient un rapport apparemment fidèle et profond avec la nouvelle de Kleist, s’ensuit donc un travail d’adaptation équivoque, où nous retrouvons un récit constitué d’une alternance entre perdition et attente dans les méandres du droit et ses turpitudes, puis pillages et actes de guerre, eux aussi morcelés de moments d’attentes, comme au sein de toute guerre… Mais le récit se concentre ici davantage sur l’essence du travail de Kleist, à savoir l’injustice. Fusions et créations de personnages par rapport au texte original entrainent des modifications conséquences, là où le texte de Kleist s’épanche plus volontiers en intrigues et en personnages secondaires.

vlcsnap-2014-04-29-00h06m56s192Là où dans la nouvelle, Kohlhaas n’a que des fils, le récit ne nous les introduit pas. Lisbeth, l’épouse dans le livre de Kleist, devient donc ici la fille de Kohlhaas dans l’adaptation cinématographique. Lisbeth constitue un rempart affectif et moral face aux épreuves que son père endure, confrontant ainsi ce dernier avec des questions bien adultes pour une jeune enfant. Regard d’une enfant inquiète pour un père qu’elle aime, Lisbeth semble être le point de vue moral et très interrogateur quand aux actions de son géniteur, et abandonnera d’ailleurs ce dernier au moment de son exécution. Preuve peut-être qu’elle ne cautionne au final nullement ses actes ?

vlcsnap-2014-04-24-17h08m06s42L’histoire connaît également des modifications d’un autre type, nous quittons la Saxe germanique pour le sud de la France, les scènes de batailles et de pillage sont réduites au minimum, sans doute pour des questions de budget, filmer la destruction de Leipzig reconstituée pour l’occasion coutant certainement quelque argent… Mais malgré les libertés, ou les obligations, le cinéaste reste grandement fidèle à l’esprit de la nouvelle de Kleist, la trame narrative du film effaçant les pérégrinations diverses des personnages principaux quand celles-ci s’étalent sur plusieurs années, pour se concentrer sur un récit beaucoup plus direct et nerveux, sans vraiment de temps morts.

vlcsnap-2014-04-29-00h28m40s178Des Pallières a donc réussit son adaptation, mais un détail permet pourtant de formuler quelques interrogations…

Car si la dimension politique est équitablement représentée dans le livre et le film, la dimension mystique, et plus précisément angélique est bien moins représentée. Alors que cette dernière caractérise si bien de l’œuvre de Kleist, ce dernier rêvant au seuil de sa mort de « survoler les paysages célestes une paire d’ailes dans le dos », allant même à affubler son héros du même nom que l’un des trois archanges du Ciel, la dimension spirituelle et angélique du film reste en comparaison étrangement absente par rapport à la nouvelle.

vlcsnap-2014-04-25-04h01m16s2En effet, là où dans le livre, Kohlhaas se considère comme « un lieutenant de l’archange saint Michel, venu pour châtier par le fer et le feu, sur tous ceux qui, dans ce conflit, se rangeraient au parti du Junker, la perversité où le monde entier était plongé », se nommant également « seigneur libéré de l’Empire et du monde, soumis à Dieu seul », la dimension religieuse et spirituelle du personnage principal se retrouve ici réduite à une simple rencontre entre Kohlhaas et un Luther réprimandeur.

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Ce dernier se montre simplement soucieux de ramener le marchand de chevaux sur le chemin de la paix sociale et, à l’inverse de la nouvelle, refusera de lui accorder pleinement l’absolution pour ses péchés… Que dire alors de cet épisode issu du texte et absent du film, lorsque le maquignon se décide ou non à incendier le couvent d’Erlabrunn et qu’un éclair vient frapper le sol à ses pieds, indice ou signe du refus d’un Dieu qui n’autorise pas Kohlhaas à détruire l’un de Ses lieux…

Une autre suppression d’un élément spirituel issu de la nouvelle se fait sentir: la diseuse de bonne aventure qui remet une amulette à Kohlhaas, censée le protéger. La vielle femme rappelait également à Kohlhaas sa défunte épouse, proposant ainsi une part de destinée, une dimension fantasmagorique, comme si sa femme se voyait étrangement réincarnée pour venir protéger son époux. C’est ainsi un aspect mystique de plus qui disparaît, ôtant encore un peu plus de magie à l’histoire et ramenant le film à une réalité plus prosaïquement politique et plus simple.

vlcsnap-2014-04-25-03h58m34s145La dimension divine est donc incomparablement moins présente que dans le livre de Kleist, et la religion n’y est donc pas apparemment présentée sous son meilleur jour.

Quelles raisons peuvent expliquer ce choix ? Le choix d’une vision infiniment plus protestante que catholique ? Rationnelle, travailleuse, assidue, réfutant les Mystères et les Miracles ? La réponse se trouve peut-être dans le propre rapport que des Pallières entretient avec la religion et le monde spirituel…

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Alors que le récit de Kleist flatte, lui, les qualités guerrières de l’éleveur de chevaux, dont la science de la guerre pourrait entrainer une comparaison avec un autre contemporain de Luther: Jean des bandes noires, tant ses tactiques de harcèlements, de guérilla, de surprises (attaques de nuit, déguisements, non respect de la trêve hivernale, usage d’armes à feu et d’explosifs) rappellent celles du jeune maître de guerre florentin ayant appris le métier des armes au sein des armées pontificales. Là où un certain cinéma pourrait facilement faire l’éloge de ces qualités guerrières, des Pallières fait une fois encore le choix de la sobriété, en ne s’épanchant pas plus que cela sur la dimension guerrière de son personnage, lui conférant donc une approche beaucoup plus humaine.

vlcsnap-2014-04-29-00h33m23s198Là où dans le livre, la position morale de Kohlhaas reste discutable durant ses exactions, le film assoit le maquignon davantage une position vertueuse par le biais de la séquence où il fait pendre un de ses hommes s’étant adonné au vol. « Nous ne volons pas, nous n’acceptons pas de cadeau», le film étend davantage la dimension héroïque salvatrice et sociale du personnage, le transformant alors en héros, puis en martyr, là où le récit de Kleist nous laisse davantage l’occasion de nous questionner sur ses agissements, tant il laisse à ses adversaires l’occasion d’exprimer leurs propres points de vue et leurs propres problématiques face à « l’affaire » Kohlhaas.

Le récit de Kleist, lui, compte donc bien plus de circonvolutions juridiques, administratives et politiciennes dont Kohlhaas est le jouet, les frasques juridiques durent des mois voire des années, les décisions afférentes dépendant souvent d’une situation plus géopolitique que politique, les tensions évoquées avec la couronne de Pologne influant sur la situation des nobles auquel l’éleveur de chevaux s’adresse.

vlcsnap-2014-04-24-17h14m11s102L’adaptation de des Pallières occulte donc également cette dimension, se concentre sur son personnage principal, en supprime beaucoup d’autres qui n’étaient que secondaires et gomme la dimension politique globale de l’œuvre, qui décrivait avec détails les protocoles judiciaires et politiques de l’Allemagne de l’époque.

Le film et le livre gardent pourtant la même vigueur en ce qui concerne le désir de justice de son personnage, preuve s’il en est qu’Arnaud des Pallières a ajusté correctement son adaptation. Adaptation totalement libre dans la transcription des personnages, de leurs noms, des lieux et de l’écoulement du temps qui passe, mais en même temps très fidèle au discours intrinsèque produit par cette histoire. L’adaptation de des Pallières ne pourrait être considérée comme une compilation des moments clés du texte de Kleist, mais cette compilation conserve donc l’essence du texte, sa fraicheur et sa force.

vlcsnap-2014-04-24-17h18m28s107Aux innombrables questions que Michael Kohhaas pose déjà, le cinéaste ajoute la question suivante : « Comment un marchand respecté, mari aimant, père attentif, devient-il un véritable fanatique, pur corps porteur d’idée fixe ? Quelle puissance de mort se met soudain à l’œuvre chez ce paisible commerçant d’il y a cinq siècle ? Il y a malheureusement dans ces questions, l’essentiel de nos inquiétudes politiques pour le monde d’aujourd’hui ? »

vlcsnap-2014-04-24-17h11m33s42La réponse semble à première vue simple: faites vous mépriser plus que de raison, voyez votre femme se faire assassiner et faites vous cracher au visage par la justice quand vous vous tournez vers elle pour réclamer réparation. Considérez ensuite les façons dont vous pourriez réagir à cela… Certes, « si tout le monde procédait de la sorte, il n’y aurait plus ni ordre, ni justice », mais fort heureusement, ce n’est pas tout le monde qui voit sa vie détruite et son besoin de justice refoulé, et sa vie encore plus détruite par cette même « justice »…

vlcsnap-2014-04-24-16h27m50s201Le héros du film reste donc un personnage énigmatique alors même que nous restons souvent au plus près de ses émotions, cette apparente proximité mais qui n’amène au final qu’un mystère encore plus grand est une des autres grandes qualités de ce métrage. Et ce dernier repose tout entier sur le jeu magnétique, à la fois intériorisé et à fleur de peau de MadsMikkelsen, tant les motivations de son personnage semblent au final inintelligibles et profondément enfouies en lui. Des Pallières et son producteur sont allés jusqu’au Danemark pour rencontrer l’acteur, grand bien leur en a prit, car ce dernier est un excellent choix de casting et porte confortablement le film sur ses épaules, le Delon Danois étant un des acteurs les plus intelligents de sa génération concernant le choix des films qu’il décide de tourner.

vlcsnap-2014-04-29-00h16m11s120Lorsqu’il est questionné à propos de sa vendetta, Michel Kohlhaas répond simplement « Je suis un homme de principe ». Mais de quels principes s’agit-il ? De la colère d’un veuf ? La vengeance d’un commerçant voyant son commerce mis en danger par la brutalité des autres ? Le poids économique et logistique d’un cheval étant, à l époque, considérable. D’un homme dont la puissance des aspirations spirituelles surprennent même les puissantes religieuses montantes de l’époque ? Quel principe peut-il pousser un homme à abandonner sa fille en bas âge ? Alors que celle-ci a déjà perdu sa mère. La volonté de connaître le martyr ? Ce thème joue effectivement un rôle central dans le christianisme, mais Kohlhaas est protestant. Une révolte par rapport aux conditions sociales de la paysannerie de l’époque ? Peu probable tant elle est peu évoquée dans le film et par Kohlhaas, une seule fois lorsque les nobles chevauchent en forêt. Une soif de justice que les us et coutumes de l’époque ne permettaient pas d’épancher ? Autant de questions potentiellement passionnantes que le film d’Arnaud des Palières nous propose de nous poser, longtemps encore après la vision du film.

vlcsnap-2014-04-29-00h56m18s117Cette œuvre laisse effectivement au spectateur suffisamment de voies pour l’encourager dans sa propre réflexion à propos des thèmes qu’il aborde, et l’abandonne pourtant avec cette constatation: quand un homme doit faire face à un déni de justice, et qu’en plus cette dernière le méprise, peu importe les rivières de sang et les morts, il pourra alors tenter de connaitre réparation en se tournant vers la vengeance, l’étrange petite sœur illégitime de ladite justice… En fait-il alors un droit ? Ou même un devoir ? La réflexion reste ouverte. Autant de questions posées avec intelligence et humanité par le cinéaste.

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Si les plaines de l’Europe du 15 et 16éme siècle ont peu à voir avec le passé récent des États-Unis d’Amérique, les deux films nous donnent pareillement à voir le parcours d’un homme à chaque fois isolé, abandonné et laissé seul face à la vindicte du monde des hommes et à la sauvagerie de la justice partiale d’un système barbare. Les arbalètes et les chevauchées sont abandonnées au profit du camouflage, des pièges et des M-60, aussi incroyable que cela paraissent, Michael Kohlhaas et First blood entretiennent donc une filiation tout aussi étrange que réelle.

First Blood, un film de Ted Kotcheff (1982)

Il est, au cinéma, de notoriété publique que la loi des suites et maintenant des franchises, obéissent à des règles strictes, en premier lieu économiques, dictature de la rentabilité oblige. Mais on ignore que les suites au cinéma ont parfois des incidences différentes et supplémentaires. La notion de suite et de continuité d’un récit filmique à travers divers épisodes étant par excellence l’apanage de la série, il est difficile de créer des suites de qualité équivalente au cinéma, à moins de s’y prendre à l’avance, comme c’est par exemple le cas des trilogies et autres sagas composées de plusieurs parties.

vlcsnap-2014-04-17-00h12m48s145Mais il arrive également que la nature et la qualité des suites influe parfois de façon néfaste sur le film matriciel, modifiant profondément la nature intrinsèque de ce dernier. C’est le cas de First Blood, dont les deuxième et troisième opus respectifs, aussi indigestes que ridicules (message fin de rambo III), occultent totalement l’identité, le message et la nature du film d’origine. Car aujourd’hui, le nom de John Rambo symbolise quasiment à lui tout seul tous les clichés pompeux et imbéciles du film de guerre et de la représentation du soldat au cinéma.

vlcsnap-2014-04-07-00h21m52s205Le premier opus de la franchise Rambo est pourtant un film d’une richesse certaine, et dont le discours sur la façon dont l’Amérique traite ses vétérans est toujours d’actualité, surtout si l’on se penche sur le nombre de suicides chez les vets d’Irak et d’Afghanistan… A en croire aussi les rumeurs autour de l’étrange destin du navy seals qui a retiré Oussama Ben Laden de la liste des vivants, collectant sa vie lors de l’opération Neptune spears, apparemment privé de toute pension et retraite en raison d’un nombre années de services insuffisants.

Ce métrage, malgré les apparences, est donc un regard plutôt réaliste sur le retour des boys au pays, le suicide et la dépression étant les causes de mortalités les plus élevées frappant les soldats américains. First Blood narre en effet une histoire assez simple, celle de John Rambo, ancien soldat qui rejoint une petite bourgade du fin fond des Etats-Unis à la recherche d’un camarade qu’il ne trouvera pas, en raison du décès de ce dernier apparemment dû aux conséquences de l’exposition à l’agent orange, ce type de défoliant fabriqué par Monsanto qui servait à faire frire les enne… à créer des zones défrichées en pleine jungle.

vlcsnap-2014-04-07-00h25m31s85Manque de bol, notre Johnny se voit contraint de reprendre la route mais croise alors la route d’un flic abruti et imbu de sa personne qui lui interdit d’entrer dans sa ville, de cette rencontre naitront tous les enjeux du récit.

vlcsnap-2014-04-07-00h28m41s201Rambo se voit alors placé en garde à vue, dans un commissariat remplit de flics tous aussi cons que bedonnants.

vlcsnap-2014-04-07-00h29m32s199Ses traumatismes réveillés par les mauvais traitements infligés par les brutes en uniforme, notre Johnny retrouve donc bien vite ses réflexes de guerrier et s’enfuit du commissariat, non sans avoir apprit les rudiments de la politesse et du savoir vivre à ses tortionnaires, en utilisant pour cela ses compétences en matière de close-combat.

vlcsnap-2014-04-16-23h48m09s174Le découpage scénaristique fonctionne principalement en deux parties. La première, nous montre un John Rambo perdu et bien vite malmené au sein d’un univers urbain auquel il semble peu acclimaté, dans lequel il n’a pas sa place et où il occupe rapidement la position de victime.

vlcsnap-2014-04-07-00h30m42s93La suite est radicalement différente lorsque la poursuite se prolonge dans la forêt, où Rambo retrouve son élément et se transforme en prédateur implacable qui défait tous ses poursuivants à l’aide de camouflages et bobby traps sournois.

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vlcsnap-2014-04-16-23h56m49s16Le reste du film n’est que la montée en puissance d’une confrontation entre un homme traqué qui n’a pourtant rien à se reprocher et un petit chef complètement bouché, confrontation qui aboutira à la destruction d’une bonne partie de l’inhospitalière ville où Rambo aura eu le malheur de s’arrêter.

vlcsnap-2014-04-17-00h03m47s113Le seul élément du film qui donne à l’armée des Etats-Unis d’Amérique une image un tant soit peu positive, à cause de la stature à la fois monolithique et paternaliste dégagée par le personnage du colonel Trautmann, interprété par Richard Crenna, qui signe là un de ses rôles les plus connus, y est évidemment pour quelque chose.

vlcsnap-2014-04-16-23h57m19s63Le fameux-«colonneeeeeeleuh-Adrieeeeenneuh»-Trautmann tentera donc en vain de rétablir le contact avec « Raven ». Il n’arrivera pas à entrainer la reddition de son ancien soldat, faute d’une confiance suffisante de la part de ce dernier. Rambo finira donc les menottes aux poignets, même après une médiatisation importante de l’affaire.

vlcsnap-2014-04-17-00h12m24s164Là où First Blood se révèle le plus intéressant, c’est dans son utilisation des codes du film de guerre américain, et la façon habile qu’il a de les détourner.

vlcsnap-2014-04-07-00h11m55s125La séquence d’introduction en est le plus parfait exemple: notre personnage principal arrive de loin en arrière-plan, sa veste militaire portée sur des vêtements civils nous renseigne sur son passé et son parcours.

vlcsnap-2014-04-07-00h13m07s61Le contre-champ nous dévoile une petite maison en bordure d’un lac, des enfants jouent, la partition de la musique originale vient renforcer le moment bucolique que constitue cette première séquence. Mais la direction dramatique de l’ouverture de First Blood change drastiquement lorsque notre héros apprend la mort de son ancien frère d’arme.

vlcsnap-2014-04-07-00h23m12s215Dès lors, c’est une plongée dans la solitude et l’incertain qui attendent le personnage principal, point de retour au bercail donc, où l’attendraient famille et amis comme dans Deer Hunter de Michael Cimino. Ce détournement des codes du genre est incontestablement la grande qualité du film de Kotcheff.

vlcsnap-2014-04-16-23h58m12s82Une filiation pourrait sans doute être observée également vis à vis de films plus antérieurs, comme par exemple, Johnny got his gun, autre grand film sur les conséquences de la guerre, et dont le héros de First Blood partage le prénom avec le héros amputé du film de Dalton Trumbo.

Mais au delà du pensum sur le stress post-traumatique, qui n’était à l’époque pas encore aussi médiatisé, c’est avant tout de solitude dont il est question ici.

vlcsnap-2014-04-16-23h58m21s166Là où le héros de Kleist se retrouve malgré tout entourés de proches inquiets pour lui et de guerriers l’accompagnant dans sa vendetta, John Rambo n’a, lui, âme qui vive avec qui vivre et à qui se confier, solitude donc encore plus brutale, car totale et complètement imposée. First Blood est en fin de compte davantage un film sur la solitude qu’un post war movie, tant celle à laquelle est confronté son héros est continue, implacable, presque définitive. D’où le déchainement de violence qui caractérise le film car, nous le savons déjà, la souffrance, mêlée à la solitude et à l’indifférence n’est rien d’autre que le meilleur cocktail pour perdre son humanité…

A travers les époques et les lieux, la solitude, la souffrance et l’injustice restent les mères de la mort et de bien des guerres, voici une certitude que nous aurions tendance à oublier à notre époque… Les grands drames naissent donc de la souffrance, de l’indifférence et du mépris, mais surtout du déni de justice. Cela aussi, nous aurions tendance à l’oublier, hélas… Car nous oublions également que l’injustice, dans certains cas, fait tellement souffrir que les arbalètes et les fusils mitrailleurs resteront toujours une solution en cas de déni de justice.

La vengeance a donc de très beaux jours devant elle, il ne faut pas en douter un seul instant… Cela aussi est peut-être une certitude supplémentaire, puisque paraît-il « en vieillissant, on s’aperçoit que la vengeance est encore la forme la plus sûre de la justice. » Le cinéma a donc encore de beaux jours devant lui, heureusement.

Ainsi soit-il.

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Mazeppa, un film de Bartabas (1993)

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Gloire à Marin Karmiz et MK2 Productions d’avoir donné les moyens à Bartabas, il y a près de 20 ans, de réaliser un véritable O.E.N.I (objet équestre non identifié), tombé hélas quelque peu en désuétude, le film n’étant aujourd’hui que peu connu du grand public, et aucune édition en Blu-ray ne semblant programmée… L’histoire est la rencontre au cours du 19ème siècle de deux univers opposés: celui de la peinture, par le biais du peintre Jean Louis-André Théodore Géricault, peintre qui demeura d’ailleurs toute sa vie durant fasciné par les chevaux, leur consacrant une grande partie de son œuvre, et de Franconi le chef d’un cirque équestre, interprété par Bartabas lui-même.

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Ce sont ici deux formes de spectacles diamétralement opposées qui se rencontrent le temps du séjour du peintre parmi les artistes du cirque: Celui du spectacle figé, la toile du peintre et ce que ce dernier y fixe, et le spectacle en mouvement: celui des artistes du cirque et le travail de leur chevaux. De cette opposition entre deux spectacles entres-autres cinétiquement opposés nait une trame narrative relativement simple, le scénario est en effet peu complexe et encore moins tortueux, sans que cela ne constitue en aucune manière une faiblesse du film, tant ce dernier assume son lyrisme et son onirisme, mais plus encore ce qu’il est réellement: la plus belle ode au cheval jamais réalisée.

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Mazeppa est en effet davantage un enchainement de séquences magiques toutes centrées autour du cheval, de sa vie, de ce qu’il est, de ses capacités et de ce qu’il procure, tant en terme de beauté que d’esthétisme ou de caractère. L’ensemble forme un voyage initiatique au cœur d’un cirque quasi-féerique. Ce voyage initiatique démarre étrangement par la séquence des sordides abattoirs, sur laquelle plane l’ombre du cinéma d’Alejandro Jodorowsky, tant la mort, la vie, le sang, le commencement et la fin, semblent se mélanger à merveille au sein de cette étrange introduction, inspirée elle-même par diverses toiles de Géricault.

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Mazeppa11croupes

Ainsi, la majorité des séquences s’articulent autour de l’existence du cheval. Celle de la saillie, violente et étrange en raison de la présence des petits gamins qui assistent à la rustique fécondation en rigolant. Celle, magistrale et magique, où Géricault peint une jument couchée dans un pré, cette dernière est en fait en train de mettre bas. Le peintre abandonne donc son rôle d’artiste pour aider l’animal à mettre au monde, sous l’œil attentif du reste du troupeau, qui s’éloignera une fois la besogne accomplie et le poulain venu au monde. La séquence est muette et, comme pour le reste du film, les chevaux jouent aussi bien, voire même mieux que les humains. Cette séquence d’accouchement est une des plus belles du film, se passant dans le calme de la campagne, elle est elle aussi un petit morceau de poésie, comme bon nombre d’autres séquences du film.

Le cirque équestre restait à l’époque un spectacle relativement populaire, tributaire d’un temps où le cheval possédait une importance capitale au sein de la vie des hommes, jusqu’à l’apparition de nouveaux moyens de communication, comme par exemple le sémaphore qui, avec quelques autres inventions, estompèrent son importance au sein de la société d’alors.

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Car même si aujourd’hui le cheval sert, au mieux, de loisir aux enfants le week-end et, au pire, à remplir les rayons viande des supermarchés ou à démarquer sa classe sociale, Mazeppa nous rappelle ce que fut l’importance de cet étrange quadrupède quelque peu froussard et glouton, et permet ainsi au spectateur de constater la place de l’equus caballus feris dans la vie de tous les jours à l’époque, pour les transports, les livraisons et d’autres choses encore, comme le décrit si bien la séquence d’embouteillage. Ce métrage rappelle donc historiquement l’importance de la plus noble conquête de l’homme tout au long de l’histoire de l’humanité. Car s’il servit probablement de diner aux premiers hommes, l’animal mit un certain temps à se laisser apprivoiser, à la différence de bon nombres d‘animaux s’étant laissé  domestiquer des dizaines de milliers d’années auparavant, une question de noblesse, de puissance et de patience peut-être. Tel est en substance le discours intrinsèque de ce film, et d’une séquence en particulier, joliment mise en forme par le biais d’une voix-off dont le découpage sous-entend pourtant qu’il est prononcé par Zingaro, le regretté frison et compagnon de Bartabas, assit sous le chapiteau du cirque.

Mazeppa est donc un métrage aux forces multiples: il permet à Bartabas, ce sorcier de l’éthologie et autres arts équestres, ayant passé un pacte avec je ne sais quelles forces de la nature pour échanger une partie de son âme contre celle d’un cheval, de s’adonner aux joies de l’art cinématographique, pour délivrer une œuvre d’une puissance lyrique considérable, et dont le découpage, aussi puissant qu’original ferait pâlir de honte bon nombres de réalisateurs ayant une filmographie pourtant bien plus dense que la sienne. Car pour un film relativement récent, Mazeppa s’inspire des autres arts que du cinéma lui-même, à une époque où le septième commençait déjà à tourner en rond, à s’auto-recycler, s’auto-citer, ou à se cacher derrière les premiers effets spéciaux à grands spectacles que les évolutions informatiques commençaient à permettre. Le film s’inspire avant tout des arts du cirque, des arts équestres, mais surtout de la peinture, évidemment celle de Géricault en premier lieu, tant le découpage de Bartabas se nourrit. Véritable fenêtre ouverte sur d’autres cultures incarnée par les membres du cirque, ce métrage est un voyage vers des contrées lointaines, orientales, prussiennes, même si l’on dénote hélas l’absence de références aux équitations amérindiennes, mongoles et chinoises.

 Mais en plus de ses qualités esthétiques, qu’elles soient simplement visuelles ou cinétiques, de la direction artistique sans faille, tant aucun aspect du film n’a été négligé (enfin un film français avec un mixage qui a une personnalité!), de la qualité de la reconstitution historique, Mazeppa porte également l’originalité et la nostalgie d’une époque charnière, courte dans le temps et originale par nature, marquant la fin du cheval en tant qu’élément moteur indispensable de la société (la fin des cirques équestres et du courrier postal, remplacé par le sémaphore), Géricault ne naissant seulement que 20 ans après la construction du premier véhicule automobile jamais construit, concurrent fatal de l’equus caballus, feris ou non, qui ne s’en remit jamais, passant ainsi sociétalement à un statut de moindre importance.

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Bartabas exprime ici la complexité de son art, la séquence de galop arrière laissera d’ailleurs certainement perplexes les non-initiés, mais utilise surtout la puissance du cinéma pour déclarer son amour à cette bête avec une sincérité désarmante, qui touchera beaucoup de spectateurs, qu’ils aiment le cheval ou pas, tant cette déclaration est sincère, charnelle et physique, dépassant les contraintes de la mort et de son dégout. Ce métrage permet de nous rappeler, si nous nous arrêtons pour repenser au passé partagé avec le cheval, ce qu’il nous a été donné d’accomplir une fois la  plus noble conquête de l’homme acquise à notre cause, tant d’un point de vue géographique, qu’artistique, guerrier ou militaire. Mazeppa pose un axe de réflexion qui fait découvrir que l’homme ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui et n’aurait pas accomplit ce qu’il a accomplit depuis les 4500 ans qu’il a domestiqué le cheval (bien plus tard que la majorité des autres espèces à sabots), sans l’aide, ou plutôt l’accord, de ce dernier…

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En outre, Bartabas, originellement Clément Marty, possède cette analogie avec Géricault en ce qui concerne son parcours: tout comme le peintre, il garde depuis sa plus tendre enfance une fascination pour le cheval. Le réalisateur du 20ème  siècle et le peintre du 19ème se rejoignent donc dans cette passion commune, et c’est peut-être cela qui donne à ce film une alchimie si particulière, si réussie, qui le fait vieillir sans dommages… Oui, on attend l’édition en blu-ray!

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